Mardi 17 novembre

Je  devais ce week-end participer à Paris au Palais des Congrès aux 45èmes Journées de l’Ecole de  la Cause Freudienne. Elles ont été annulées suite aux attentats de vendredi soir et à l’état d’urgence décrété aussitôt.

Ce qui  serait urgent, c’est de saisir ce que Jacques Lacan, dans un texte d’une préscience sans égale, développait dès 1945, en conclusion d’ un texte intitulé Le temps logique ou l’assertion de certitude anticipée ( in Ecrits, p. 213   ). Dans le prolongement de la réflexion de Freud dans Psychologie des foules et analyse du moi  et Malaise dans la civilisation, il s’interroge sur ce qui fait le ressort de l’identification collective. Là où Freud épinglait l’identification à un leader, voire à un simple trait de celui-ci, Lacan fait valoir une logique articulée en trois temps.

Premier temps: je sais ce que n’est pas un homme. Au départ donc, un rejet radical. Deuxième temps: j’observe que les hommes se reconnaissent entre eux. Une  communauté humaine se fait sur la base des signes de reconnaissance de ce rejet. Troisième temps:  je me précipite dans  l’identification à ces hommes (par le même rejet) de peur de n’être pas être pris pour l’un d’eux. Mouvement qui donne la forme logique de toute assimilation « humaine », en tant précisément qu’elle se pose comme assimilatrice d’une barbarie. 

Freud  mettait le succès des idéologies nationalistes et le rejet de l’Autre qu’elles entraînent sur le compte de l’identification collective au leader. Pour Lacan, le rejet de l’Autre n’est plus forcément relié à une identification de cette sorte. Et de nos jours, où l’instance symbolique du père s’évapore, le racisme, le rejet haineux de l’Autre se dénude.

De là cette extension sans précédent des procès de ségrégation, que Lacan souligne dans son séminaire Encore. De là aussi cette extension du domaine de la guerre, comme, paraphrasant Houellebecg, mes amis rémois Lecoeur et Bourlez avaient intitulé récemment une journée d’études. La méconnaissance de cette logique est le fondement de la jouissance mauvaise en cause dans les discours racistes et dans le fondamentalisme religieux, où il ne s’agit jamais que d’anéantir l’autre, de l’écraser comme une mouche.

J’y reviendrai, ce ne seront pas les occasions qui me manqueront.

 

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