Dimanche 8 novembre

Anecdotique ou pas, la vie tient beaucoup du parcours d’obstacles. Dans le temps même où je me décidais à reprendre plus régulièrement la tenue de ce blog, divers événements, que je ne détaillerai pas ici, m’ont mobilisé. Tout de même, j’aurais pu trouver quelques moments perdus pour m’y remettre. Mais immanquablement, j’en étais distrait.

Cette difficulté à me concentrer touchant plus généralement à l’écriture, j’ai été amené à y réfléchir davantage. Avec déplaisir, je me suis en effet senti rattrapé par un symptôme qui m’a déjà affecté. Pas sûr que ce soit réglé pour autant.

Eric Clemens ne souffre pas de cet embarras. Tantôt un recueil de poèmes,tantôt un essai d’esthétique ou une méditation phénoménologique, tantôt un traité de philosophie politique, le bougre use à loisir de sa liberté de parole !

Ah la liberté ! Voilà précisément le propos de son dernier ouvrage : De l’égalité à la liberté ( Le Corridor bleu éd ). Je note qu’une même forme syntaxique ouvre à  plusieurs sections de son livre: du poétique au politique; de la démocratie à l’éthique; des divisions aux alternances; de l’interdit à l’inconditionné. Cela traduit le ton général de cette  aspiration à plus de liberté.

Par où passent les « chemins de la liberté », comme dirait Sartre ?  Selon Eric Clemens, il conviendrait de nos jours d’expérimenter dans les sociétés démocratiques une réponse pragmatique: le revenu de base inconditionnel, autrement dit l’allocation universelle, dont il  nous en avait déjà entretenu y a deux  ans au « Cabinet de réflexion » du Théâtre Marni. Etre nourri au prytanée était le rêve de Socrate. Clemens le reprend en quelque sorte, en l’étendant généreusement à tous. Utopie ? Nous aurons l’occasion d’en reparler sans tarder puisque la première séance du dit cabinet pour la saison 2015/2016 se tiendra le jeudi 19 novembre (de 19 à 20h30). Elle sera consacrée à son  livre, dont il débattera avec Ali Serghini. Ce sera à coup sûr une excellente introduction au thème retenu pour cette année, à savoir: Au-delà des identités. 

Lacan tenait pour parfaitement obscène l’inscription des mots liberté, égalité, fraternité au fronton des lieux symbolisant l’autorité publique. De manière générale, il tenait les idéaux pour une boussole trompeuse. Dans son séminaire L’éthique de la psychanalyse, il oppose au service des biens, par lequel tout pouvoir se justifie toujours, la considération du réel. Eric Clemens le rejoint en de nombreuses pages, prenant notamment appui sur la lecture de Si c’est un homme de Primo Lévi. Son livre est du coup  traversé d’une tension sensible entre le souci des valeurs humanistes -dialogue, démocratie, justice, équité, solidarité, etc.- et tout ce qui dans l’histoire en apporte inlassablement le démenti. De l’égalité à la liberté, on pourrait ainsi décliner quelques variantes du style: de l’égalité à la liberté en passant par l’injustice.  Aristote, avec son rude réalisme, ne tenait-il pas que l’égalité était juste entre  les égaux, et l’inégalité juste entre  les inégaux !

Eric Clemens, en particulier à travers une fine analyse de Hobbes, dont le Leviathan n’est pas sans analogie avec Totem et tabou, s’emploie à déjouer ces apories. On saluera par ailleurs la référence prise dans  Bataille et  la notion de dépense, de même que sa défense salutaire du droit à la paresse, dans la filiation de Francis Ponge autant que de Jules Lafargue.

 

 

 

 

 


 

 

 

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