Dimanche 29 mars

Etait-ce une bonne idée? je n’en étais pas sûr en invitant ma fille de 11 ans à venir voir avec moi Platonov  au Théâtre Océan-Nord. Du Tchehhov pendant  près de quatre heures, dans une mise en scène dont j’ignorais tout, n’allais-je pas la dégoûter à jamais du théâtre? Eh bien pas du tout, elle était ravie, tout comme moi, ouf !

Platonov est la première pièce écrite par Tchekhov, mais elle ne fût montée que plusieurs années après sa mort. Si elle n’a pas la perfection de La mouette ou d’Oncle Vania, il ressort pourtant de son côté brouillon l’impression d’un formidable infusoire, que la mise en scène dynamique de Thibaut Wenger a su rendre à merveille.

C’est une pièce -Tchekhov lui-même l’a située ainsi- sur le déclin, voire, pour le dire avec Lacan, l’évaporation de la figure du père. Pas de pièce plus contemporaine à cet égard.  Hamlet ne croise de fantôme que complètement alcoolisé, Don Juan n’a plus rendez-vous avec aucun Commandeur. Dans le monde de Platonov, la dérision règne en seul maître et il n’est plus finalement qu’une question qui tenaille désespérément: comment tuer le temps? Il semble que l’amour lui-même, ou ce qui se dit tel, n’y a plus d’autre fonction. Nous sommes donc dans la farce, grinçante certes,  plutôt que dans le drame. Et tous les acteurs l’ont si formidablement compris que -ô paradoxe- on ne s’ennuie pas un instant.

 

 

 

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