Dimanche 15 mars

Voici le texte de ma dernière chronique ( M’enfin ! ) sur Lacanquotidien, à propos du Musée d’Art Moderne de Bruxelles, dont la fermeture il y a quatre ans fait plus que jamais symptôme du bas de plafond des nains qui nous gouvernent.

Ubu au musée

A Jean Moulin, dont il fût le secrétaire, Daniel Cordier posa cette question quelques semaines avant son arrestation par la Gestapo: qu’y aura-t’il de plus urgent à entreprendre une fois la guerre terminée ? Créer un ministère des Beaux-Arts et un Musée d’Art Moderne, telle fut la réponse, à la grande surprise de Cordier, qui tenait jusque là l’intérêt de Moulin à l’endroit de l’art moderne pour une couverture de son activité de résistant. [1]

 

L’art aussi est le lieu d’un combat. Cependant que le musée de Mossoul était saccagé par les enragés de l’Etat Islamique, on saluait la réouverture du musée de Bagdad.  Et à l’heure où à Liège, se tient une exposition reconstituant partiellement celle de “L’art dégénéré” organisée par les Nazis à Lucerne en 1939,  il n’est pas inutile de rappeler le propos de Jean Moulin. Puissent à Bruxelles le méditer tout spécialement ceux qui ont en charge la politique muséale et, dans leurs mains, le sort du Musée d’Art Moderne.

 

Celui-ci en effet a fermé ses portes depuis février 2011. Sur la décision du Directeur des Musées Royaux d’Art et d’Histoire, il était sans vergogne délogé au profit de son enfant chéri, le  nouveau Musée “Fin de Siècle” , ainsi nommé avec une ironie qu’on tiendra charitablement pour involontaire.  Quatre années ont passé, quatre ministres se sont succédé, qui n’ont pas fait avancer d’un pouce la question de sa réouverture. [2]

 

On apprenait cependant cette semaine le rachat par la Région bruxelloise d’un bâtiment destiné, après aménagements,  à accueillir ses collections. Tel est du moins le voeu de son Ministre-Président…car celui-ci n’est pas en charge de la politique muséale, qui est du ressort du gouvernement fédéral, et plus directement de Mme Elke Scheurs, ministre NVA (nationaliste flamand ) . Or cette dernière considère pour sa part que si le Musée d’Art Moderne doit rouvrir ses portes –ce qui est bien le dernier souci de son parti – , cela n’a qu’à se faire dans les lieux qu’il occupait précédemment, à présent dévolue au Musée “Fin de Siècle”! Resterait donc à déménager ce dernier!

 

Cette situation ubuesque, qui  ne pouvait naturellement survenir que dans le royaume de Belgique, eut fait sourire –ô combien- le cher Marcel Broodthaers, qui en 1968, alors que n’existait pas encore le Musée d’Art moderne, décida de la création chez lui rue de la Pépinière – à quelques pas des Musées Royaux-  d’un Musée d’Art moderne –département des Aigles, rassemblant quelques caisses en bois vides et des cartes postales reproduisant des oeuvres…du XIXème Siècle! Au départ un canular, l’entreprise se complexifia, au point de devenir elle-même, comme on sait, une oeuvre majeure de la modernité. [3]

 

Il est piquant de penser qu’à présent, dorment dans les réserves inaccessibles du Musée d’Art Moderne, autrement dit dans des caisses, de nombreuses oeuvres de Marcel Broodthaers .

 

 


[1] Daniel Cordier, Alias Caracalla, Paris, Gallimard, 2009, p. 1015 et p.1O48

[2] Pour connaître tous les développements de l’affaire, voir le blog http://museesansmusee.wordpress.com

[3] A propos de Marcel Broodtaers et son  Musée d’Art Moderne –département des Aigles, je me permets de renvoyer à mon étude Un cri de guerre: le musée fictif de Marcel Broodtaers, in Un musée imaginaire (sous la direction de Stéphane Audeguy et Philippe Forest), n° 606 de la NRF, Paris, Gallimard, 2013

 

Une réflexion au sujet de « Dimanche 15 mars »

  1. Petite remarque à propos de caisses et d’archives de Musée:
    A Francfort sur le Main la situation en la matière est depuis
    l’automne passé celle d’une nouvelle dépendance du Musée d’art Moderne, le MMK2, en des lieux originairement conçus comme des bureaux, juste un peu adaptés, en plein centre d’affaire.
    L’existence de cet espace muséal est d’ordre imprévu, l’histoire d’un détournement, de trouvaille de la part de S. Gaensheimer, directrice du « Museum Moderner Kunst 1 2 3″.
    L’art opère aussi dans de contextes inhabituels, argumente–t-elle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>