Jeudi 1 janvier 2015

Autant l’exposition Rubens au Bozar à Bruxelles est irritante – c’est de de la gonflette -,  autant à Londres l’exposition  Rembrandt (The late works)  à la National Gallery est source d’instants bouleversants.

Il y a d’abord les autoportaits. Aucun peintre avant lui ne s’était pris de cette manière pour objet d’étude.  Rembrandt en laissa près d’une centaine. Autant de leçons d’anatomie de l’âme du Docteur Rembrandt. Lumineuse et mystérieuse confession, poursuivie sa vie durant, et qui redouble d’intensité dans les quinze dernières et douloureuses années d’une existence scandée par les deuils et  les difficultés matérielles.

Il y a les chefs d’oeuvre que sont La conspiration des bataves , La leçon d’anatomie du Dr Deyman, La guilde des drapiers d’Amsterdam, le couple d’Isaac et Rebecca connu sous le nom de  La fiancée juive, Bethsabée et le Roi David,  le portait d’Alexandre le Grand, ceux de Jacob et Margaretha Trip ou de la femme au petit chien du musée de Toronto. Il y a son fils Titus, âgé d’une douzaine d’années, rêveur, assis à son bureau, et puis Titus encore quelques années plus tard en habit de moine. Oeuvres de commande, scènes religieuses ou mythologiques, témoignages intimes, toutes ces oeuvres irradient de la plus profonde acuité de vue jamais donnée à un peintre.

Voyez donc la sublime Lucrèce conservée à Minneapolis. Pour elle seule, il faut  se précipiter à Londres. Congédiez les Lucrèce de Cranach, de Titien ou de Tintoret. Oubliez l’histoire romaine, la vertu outragée, l’honneur plus cher que la vie. Rembrandt ne raconte plus rien de tel. Sous les traits bouleversants de cette jeune femme belle comme le jour, il peint seulement, dépouillée de tous les semblants, la douleur d’exister, nue, violente et démunie, sans retour.

Certes le choix de la figure de Lucrèce n’a rien d’anodin. Quelques années après la perte de Saskia, sa première épouse, qui lui laisse un fils,  Rembrandt  s’éprend d’ Hendrijkje Stoffels. Leur union est condamnée par l’Eglise luthérienne, et Hendrijkje excommuniée. Difficile de ne pas reconnaître celle-ci, décédée peu auparavant, dans la Lucrèce de Rembrandt. Mais en ce regard abandonné, cette bouche qui se crispe, ce frêle et mélancolique visage implorant, et ce sang au goût de larmes, Rembrandt a su traduire dans une image indélébile,  comme personne avant ni après lui, le malheur le plus intime, le sourd désespoir kierkegaardien de la maladie à la mort, et la vie qui se vide avec l’amour qui s’en va.

 

 

 

4 réflexions au sujet de « Jeudi 1 janvier 2015 »

  1. J’ignorais que Romain Gary avait écrit « La vie mode d’emploi’, je pensais plutôt que c’était Georges Perec, non?
    Et il est où le bouton pour « liker » votre billet? :)

      • Un jour, je parlais de ce livre « La vie devant soi » avec une amie.
        J’étais accompagnée de mon petit garçon, François, qui devait avoir 5 ou 6 ans.
        En revenant à la maison, il m’avait dit : « dis maman, est-ce que tu pourras me lire le « livre de ma vie » ?
        J’avais mis quelques minutes à comprendre ce qu’il voulait dire. Il avait entendu : « la vie de François » au lieu de « la vie devant soi ».
        J’avais trouvé ça émouvant, ce petit garçon qui voulait qu’on lui lise le livre de sa vie.
        Bien à vous
        Catherine

  2. Et non! Toujours pas d’accord… C’est Emile Ajar qui a écrit « La vie devant soi ». Même s’il s’agit de la même personne, vous savez bien pourquoi Romain Gary, a pris un pseudonyme. Cette supercherie lui a permis d’obtenir le Prix Goncourt une seconde fois.
    Sans rancune… ;)

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