Lundi 8 décembre

Il y a Jeff Koons à Beaubourg, mais il y aussi une rétrospective de mon ami Emilio Lopez-Menchero qui  se tient pour l’heure à la Centrale Electrique, et qu’il ne faut pas manquer.

Jeff Koons, on le déteste dans l’exacte mesure où il tape juste. On se plait à rappeler qu’il  fut trader à  Wall Street, comme s’il y avait découvert les ficelles de sa success story, alors qu’il n’y travailla que pour se donner les moyens de faire de l’art. On ferait mieux de remarquer que trader est l’anagramme de retard. Car Jeff Koons est un effet retard ( parmi de nombreux autres, mais pas le moins important)  de Mister Duchamp ( du signe) , qui n’inventa pas seulement le ready-made, mais aussi des « retards ». Son grand Verre n’est pas un retable, mais un retard !

L’art étant l’objet d’un commerce, Jeff Koons fera du commerce et de la consommation de masse une célébration ironique et joyeuse,  élevant à une puissance seconde  images publicitaires, jouets gonflables et  objets fétiches du marché. L’ensemble de l’opération est d’ une efficacité qui laisse pantois.

D’Emilio qui ne fut pas trader, mais d’abord architecte, le moins que l’on puisse dire est qu’il paye beaucoup de sa personne. Pour preuve, sa série de performances Trying to be, dans laquelle il se glisse dans la peau de personnages célèbres fort divers: d’Arafat à Marc Dutroux, en passant par Balzac, James Ensor, Frida Khalo, Picasso, Carlos, John Lennon, et (inévitablement ) Rrose Sélavy. Regardez attentivement la video du travail préparatoire de Trying to be John Lennon. Vous mesurerez que ce n’est pas un jeu (en tous cas pas un jeu facile). Pas vrai Matheo ?

On rit beaucoup cependant dans cette exposition. La montée par Emilio en tenue de toréador de l’Aubisque (ou du Tourmalet ? ) sur une bicyclette au  guidon en cornes de taureau est irrésistible. Idem pour cette autre video où, en tenue de sumo, il s’attaque à sa propre image dans un miroir. Version grotesque et ô combien  pathétique du mythe de Narcisse. Impeccable aussi la performance orchestrée en 2011 à l’occasion d’Artbrussels, la foire d’art contemporain, au milieu de laquelle des « techniciens de surface » (!) déplacaient un énorme tube. Car Emilio est un génie du déplacement. Ne vendait-il à Venise parmi les marchands ambulants africains des répliques miniatures de…l’Atomium! Il semble bien qu’il n’y eut que le regretté Jan Hoet pour en acquérir un exemplaire !

 

 

 

 

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