Samedi 4 octobre

C’est aujourd’hui que sera dévoilé le premier épisode de la Saison 4 de Homeland, la formidable série américaine, dont je ne me souviens plus si j’ai déjà parlé sur ce blog, je pense bien que oui, mais un blog, ça ressemble un peu aux séries, avec des épisodes dont on ne sait plus trop à quelle saison ils appartiennent, des bifurcations, des temps morts, des accès de fièvre, des reprises, et toujours la même question: mais comment tout ça va donc finir, alors que la série est par définition, c’est son charme, potentiellement sans fin, sinon provisoire (les saisons).

Pour qu’une série continue, il y a cependant deux conditions impérieuses: qu’elle rencontre un succès durable auprès du public, ou elle s’interrompra, faute de moyens de production, et deuxièmement que les acteurs restent disponibles. Deadwood, la série que j’ai préférée à toutes les autres jusqu’ici, n’a pu héla se poursuivre au-delà de la troisième saison pour cette seconde raison.

Evidemment le soupçon pèse toujours de voir se prolonger une série sans autre justification que son succès commercial. Cependant, il faut bien s’apercevoir qu’il est de la nature même de la série de rebondir, serait-ce au prix de certaines invraisemblances.  Par là, elle rejoint ce qui fait le ressort essentiel du genre romanesque, tel que Denis de Rougemont l’a situé  à partir de son analyse de Tristan et Yseult dans L’amour et l’Occident.

Certes je ne dirai pas que Homeland s’inscrit dans le fil des romans de chevalerie, encore que…Après tout , de même que Denis de Rougemont repère dans ceux-ci  l’expression d’un conflit entre deux formes de droit: le droit féodal et celui de la courtoisie chevaleresque, on pourrait aussi repérer au principe d’Homeland la lutte entre deux légitimités, également dévoyées d’ailleurs, la légitimité démocratique et la légitimité religieuse islamique. Mais ce qui est à l’oeuvre au-delà de ce contexte politique, dans cette série comme dans  bien d’autres, avec plus ou moins d’art naturellement, c’est ce que De Rougemont nomme le « démon du roman »: si les choses se passent ainsi, ce n’est pas seulement parce que autrement il n’y aurait plus de roman, mais parce qu’une sorte de complicité lie tacitement le lecteur (ou le spectateur) et l’auteur (ou les scénaristes) : la volonté que le roman continue, ou comme on dit qu’il rebondisse. La vraisemblance, écrit de Rougemont, dépend pour un ouvrage romanesque de la nature des passions qu’il veut flatter. C’est dire qu’on acceptera le coup de pouce du créateur et les entorses qu’il fait subir à la logique d’observation courante, dans la mesure exacte où ces licences fourniront les prétextes nécessaires à la passion que l’on désire éprouver. Ainsi le vrai sujet d’une oeuvre est révélé par la nature des « trucs » que l’auteur fait intervenir, et qu’on pardonne dans la mesure exacte où l’on partage ses intentions.

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