Mercredi 7 mai

Si comme moi, vous avez manqué le spectacle de Tsai Ming-liang, qui ouvrait le Kunstfestivaldesarts 2014, précipitez-vous au Cinéma Galeries dans les sous-sols duquel , sous le titre générique Walker, une installation rassemble toutes les videos du cinéaste taïwanais inspirée par la figure de Xuanzang.

Ce moine de l’époque Tang partit jusqu’en Inde à la recherche des textes sacrés du bouddhisme. Certains d’entre eux ne nous sont d’ailleurs parvenus que par la grâce de ses traductions.  Son voyage dura une vingtaine d’années à travers le désert de Gobi, le Tibet, l’Afghanistan (où il se recueilli devant les grands Bouddhas de Banyam hélas détruits par les Talibans en 2001), le Cachemire. De cette légendaire « pérégrination vers l’Ouest », dont au XVIème, Wu Cheng’en écrivit le récit romancé,Tsai Ming-liang s’est emparé pour composer d’envoûtants poèmes cinématographiques, méditatives images d’un homme au crâne rasé, l’acteur Lee Kang-sheng, cheminant lentement, infiniment lentement, tête baissée, paumes des mains ouvertes vers l’avant, pieds nus, dans la toge rouge des bonzes, comme ouvrant une tranchée dans le temps au coeur de la grande ville moderne, Tokyo, Kuala Lumpur ou Marseille.

Profitant d’un moment où j’étais seul, j’ai tenté de mieux m’imprégner de cette marche en faisant quelques pas au rythme du moine, comme s’y emploie aussi Denis Lavant -et c’est bouleversant-  dans la video tournée à Marseille précisément. Je recommande cet exercice difficile. C’est une rude discipline que celle du sage chinois.

C’est cette semaine que se tiendra la dernière séance du  cycle « La guerre, une histoire naturelle? » du « cabinet de réflexion » du Théâtre Marni. Le propos nous avait été inspiré par le livre admirable de G.W.Sebald, De la destruction comme élément d’une histoire naturelle.
Sebald avait été particulièrement attentif  à tous les témoignages qui relevaient tout ce que la guerre avait imprimé comme trace dans le paysage, faisant de celui-ci le mémorial des combats, à la manière des paroles gelées dans le  Quart livre de Rabelais. Au lendemain des batailles, la guerre reste présente, plus ou moins tapie dans l’ombre, et son murmure ne s’arrête pas, en dépit des efforts des hommes pour en refermer les cicatrices. Nous le sentons bien en ce moment en Europe, qui est devenue toute entière comme le fort Bastiani du Désert des Tartares de Buzzati. Ce désert eurassien au devant du fort,  que le lieutenant Drogo scrute sa vie durant sans y voir venir la guerre, ce n’est rien d’autre que la guerre elle-même, la guerre comme une eau qui dort, la guerre rejetée au loin, et pourtant là.

 

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