Mercredi 16 avril

J’ai déserté ce matin le congrès de l’AMP pour aller visiter au Grand Palais l’exposition Bill Viola. Bill Viola a fait l’expérience précoce d’une bascule subjective radicale: à l’âge de 6 ans, il manque de peu de mourir noyé. Il n’éprouve aucune angoisse à ce souvenir mais au contraire, un sentiment de plénitude. Il aurait aimé rester là pour l’éternité. C’est ce moment singulier, auquel il fut arraché, qu’il s’emploie à restituer à travers plusieurs de ses videos les plus célèbres. L’eau en est l’élément omniprésent. Il reste que Bill Viola a survécu. On mesure combien cela lui est douloureux à cette video où à une dizaine de reprises il échoue à retenir sa respiration: dix apnès pour forcer en vain  la porte de l’éternité. La voie commune pour surmonter la division subjective est de s’appareiller à un objet. La voie de Bill Viola n’est pas celle-là: elle est de tenter de s’évanouir  comme sujet dans un élément naturel, de  se résorber dans l’eau, dans le feu, dans l’air, dans le feuillage d’un arbre, dans le sable du désert, au fil d’une sorte d’expansion temporelle, de dilatation de l’instant,  dans une sorte d’envoûtement qui ne s’éprouve qu’en ces rêves d’une durée  immesurable dont Dali fixa pourtant l’image dans ses montres molles. La magie à l’oeuvre dans ces diverses variations sur cette expérience de jouissance  inaugurale ne se retrouve plus de la même manière dans les oeuvres plus narrativement construites, telles le cycle Going forth by day, auxquelles Viola s’est aussi consacré ces dernières années. Celles-ci continuent pourtant à être traversées par la même aspiration fondamentale, dont témoigne The Dreamers, l’installation avec laquelle se clôt l’exposition, comme se closent les yeux sur les songes immortels.

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