Mardi 20 mars

Suivant avec attention le déroulement des événements en Ukraine, j’ai le sentiment que nous sommes arrivés hier à un tournant décisif avec le discours de Vladimir Poutine, sûr de lui, de son droit, de sa popularité retrouvée, et de sa stratégie. Cependant que les Européens continuent à filer leur rêve kantien de paix perpétuelle, et que les Américains naviguent à vue, Poutine savoure posément son triomphe et, goguenard,  ironise allègrement: imaginait-on qu’il irait se baigner en Crimée avec les Marines de l’Otan ?

Marx distinguait quatre versants à la guerre: économique, psychologique, diplomatique et militaire. Il convient certainement aujourd’hui d’y ajouter un versant médiatique. Sur le plan économique, les Occidentaux auraient l’avantage s’ils voulaient s’en donner les moyens. Mais ils ne le feront pas. Il suffit d’un contrat de livraison d’un porte-hélicoptère à la Russie pour les faire tergiverser. Sur le plan psychologique, Poutine a marqué un point essentiel hier. Diplomatiquement, allez savoir quelle partie se joue dans l’ombre? Militairement, la situation est plus que tendue. Un ministre allemand a lâché que c’était un miracle qu’aucun combat n’ait éclaté jusqu’ici entre Russes et Ukrainiens. Ce sera sans doute pour un peu plus tard, six mois, un an, quand Poutine le jugera opportun . Sur le plan médiatique, la partie semble à l’avantage de l’Occident, mais c’est illusoire. Il est frappant que nombre d’analyses géopolitiques entament désormais le même refrain, selon lequel nous n’assisterions décidément qu’à la répétition d’un scénario immémorial : ah mais la Crimée, vous savez, c’est une vieille histoire…Bref, oublions ça au plus vite.

 

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