Vendredi 7 fevrier

Hier, jour de la Saint Gaston (!) , j’ai inauguré la « chronique belge » qu’à l’invitation de Catherine Mazarus-Matet, je tiendrai plus ou moins mensuellement dans  le bulletin électronique du champ Freudien : Lacan Quotidien. Je la reproduis ici, ce qui ne sera pas forcément le cas des chroniques ultérieures, qu’on pourra trouver sur le site www.lacanquotidien.fr

M’ENFIN

 En Belgique, la division n’est pas seulement linguistique et communautaire : i l y a les inconditionnels d’Hergé et ceux de Franquin.   Je reconnais le grand talent du premier,  mais je compte définitivement parmi les admirateurs du second.

 L’antagonisme remonte loin. Avant de populariser les aventures de Spirou et Fantasio dans leur magazine Le Moustique,  les éditions Dupuis, qui furent un foyer de la résistance dans la région de Charleroi en 40/45, ne voulurent pas des services d’Hergé au lendemain de la guerre.  C’est que Tintin, ce sympathique reporter boyscout, avait pour modèle douteux un certain Léon Degrelle, qui se tenait pour le fils  adoptif du Führer. 

 De nos jours,  le refoulement aidant, Hergé est l’objet d’un culte quasi officiel. Il a son musée à Louvain-la-Neuve, ses commentateurs dévots, ses collectionneurs fétichistes. Une fondation veille, avec un soin jaloux et un sens du marketing plus qu’aigü, à tout usage de son œuvre. Tintin, c’est le Manneken Pis de la BD label « gique ».

 Rien de comparable pour Franquin. Pas de Mausolée de Spirou. Pas d’exégètes patentés. Pas d’héritage mis sous séquestre par des gardiens du temple.

 Dans le Journal de Spirou, dont dans mon enfance, je ne voulais pour rien au monde manquer un numéro, un personnage énigmatique fit un jour son apparition. Il s’appelait Gaston. Personne dans la rédaction ne savait comment ni pourquoi il avait débarqué, version joyeuse du Bartleby  d’Herman Melville, refusant de quitter l’étude notariale où il a cessé tout travail.  Un Bartleby sans mélancolie et idées noires, état dont Franquin n’ignorait rien.

Par ses bévues et ses malices, Gaston réussit le tour de force de se rendre indispensable, y compris à Fantasio qu’il persécute de ses gaffes en cascade, et qui devient à son corps défendant le faire-valoir de cet anti-héros, ennemi décidé du travail , toujours occupé à s’endormir en sursaut sur la pile de courrier qu’il est censé classer.  Rien n’aura jamais raison du symptôme de Gaston : une paresse redoutable  d’inventivité : quand Fantasio croit s’être assuré une prise sur Gaston, c’est sur son double en latex !

 On ne saurait trop recommander la lecture des albums de  Gaston la Gaffe dans le champ freudien. Comme Joyce le symtôme, Gaston  a élevé son nom propre à la hauteur du sinthôme.  Par là il est une figure par excellence de la dérision de l’imposture paternelle, comme je le développerai dans la prochaine livraison de cette chronique , qui tiendra son titre d’une des répliques majeures de Gaston : M’enfin !

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Vendredi 7 fevrier »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>