Jeudi 22 mars

 

Que pense Dalila Arpin de My week with Marilyn ? Le film de Simon Curtis nous conte  la brève amourette qui rapprocha Marilyn de Colin Clark, 3ème assistant réalisateur sur le tournage de The Prince and the Showgirl à Londres en 1957.  Il y a de bons moments dans ce film. Ils vont bien dans le sens de ce que Dalila  avait développé au cours de la  récente soirée de l’ECF (cf. mon billet du 9 mars): à propos de cette femme d’exception, une exception qu’elle ne joue jamais mais qu’elle incarne, pour elle-même et pour les autres.  Une scène du film le  met joliment en lumière : Lawrence Olivier, pourtant   exaspéré par sa partenaire , regarde les rushes du film qui les réunit, et ébloui par l’incroyable  présence  de Marilyn à l’écran, ne voit plus de lui-même que des yeux morts.

Gauche, carrément cruche par instants face  au monstre sacré du théâtre qu’est Lawrence Olivier, qui ne se prive pas de la brutaliser,  Marilyn est tout simplement incapable de jouer. Les répliques les plus simples lui posent problème, et ce n’est pas exactement qu’elle en oublie le texte, non, elle ne les intègre pas, ce sont des mots étrangers aussi longtemps qu’elle ne sait pas qui est vraiment  le personnage dont elle tient le rôle. Bien sûr on reconnait là la Méthode de l’Actors Studio de Strassberg – Paula Strassberg ne quitte d’ailleurs pas Marilyn d’une semelle au désespoir d’Olivier. Mais il y a autre chose: Marilyn est foncièrement perdue, dès lors qu’ il s’agit de faire quoi que ce soit du registre du semblant. De là ce mélange touchant de candeur,  d’angoisse et de douleur d’exister, mais de là aussi cette absence quasi totale  d’inhibition et cet  abandon inouï d’elle-même à son image, qui en ont fait le symbôle même de la star.

Qu’est-ce qu’une star? Jean-Luc Godard répondait ceci : une personne capable d’un minimum de talent dramatique dont le visage exprime, symbolise, incarne un instinct collectif;  Marlène Dietrich n’est pas une actrice, c’est un mythe comme Phryné.  Phryné de Thepsies était une courtisane grecque si belle qu’elle servit de modèle à Praxitèle et Apelle qui voyaient en elle Aphrodite sortant des flots. Accusée d’impiété, elle stupéfia tant les juges par sa beauté qu’elle fut acquittée.

 

3 réflexions au sujet de « Jeudi 22 mars »

  1. Ce que je pense du dernier film sur Marilyn? Eh bien, la suite au prochain épisode car Marilyn arrive à Paris la semaine prochaine. Pour l’instant, je suis allé faire mes « Adieux à la reine » qui m’ont transportée dansla vie d’une autre femme d’exception. A croire que ça ne manque à aucune époque!

  2. En tous cas vous m’avez donné envie d’aller voir le film, et vraiment je ne le regrette pas.
    A voir aussi le beau documentaire sur Kathleen Ferrier, la fameuse contralto anglaise. A noter la coïncidence entre l’âge où elle attrape un cancer du sein et celui de sa mère, également chanteuse, au moment de sa naissance.

  3. Belle citation de Malraux concernant Marlene. Elle était d'accord et citait volontiers cette phrase. Elle disait d'ailleurs : "Je ne suis pas une actrice. Je suis une personnalité".

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