Lundi 18 novembre

Le trauma, disait ce week-end à Paris,  un des participants aux Journées de l’ECF sur ce thème, est ce qui objecte à prendre la vie pour un songe. A la lumière de cette remarque , on comprend tout de suite que le trauma peut tenir à bien des choses: un événement historique, un accident, une atteint du corps, un deuil impossible, l’irruption d’une jouissance, un souvenir qui fait honte, un dit, un silence. Toutes ces occurences furent déclinées au travers de témoignages impressionnants, notamment dimanche après-midi celui de Christine Angot.

J’ai participé pour ma part à une passionnante après-midi consacrée à la guerre, objection s’il en est à prendre la vie pour un songe. Pour preuve, ces soldats qui rendus à la vie civile, développent insomnie  et cauchemars pour premier symptôme, et dont Gil Caroz  a donné un vif aperçu. Gil sera en avril prochain l’invité du Cabinet de réflexion du Théâtre Marni, où un cycle de rencontres consacrés à la guerre - La guerre, une histoire naturelle?- a débuté jeudi dernier avec le photographe Bruno Stevens, dont les reportages couvrirent de nombreux conflits.

Le dernier film d’Arnaud Desplechin  ( Jimmy P., psychothérapie d’un Indien des P. ), inspiré d’un ouvrage de Georges Devereux, conte, lui aussi, l’histoire d’un soldat démobilisé au lendemain de la guerre 40/45, et présentant des symptômes traumatiques que les médecins ne comprennent pas. C’est pourquoi ils font appel à Georges Devereux, ethnologue et psychanalyste. Entre l’Indien Blackfoot  et le Juif hongrois émigré, aussi hâbleur que Jimmy est réservé,  va s’établir  une relation transférentielle féconde.  Desplechin, invité aux Journées de ce week-end, et familier de la psychanalyse, invitait à y reconnaître, au-delà des clichés et des standards, le mode d’amitié authentique qui peut se nouer dans la relation analytique.

Ca tombait on ne peut mieux, puisqu’il s’agit d’une pièce de guerre, Sophonisbe , la tragédie de Pierre Corneille, est en ce moment à l’affiche du Théâtre des Abbesses, dans une mise en scène magnifique, comme toujours, de Brigitte Jacques- Wajcman. Il faut voir cette pièce invraisemblable pour comprendre que Corneille n’est pas le peintre sévère  des gloires et des sacrifices pour lequel on l’a scolairement  longtemps tenu.  Sophonisbe est héroïque sans doute, mais dans un monde où les princes qui s’affrontent,  sont  pathétiques, pour ne pas dire lamentables -l’un est aveugle, l’autre  lâche- et risibles ô combien. Car on rit au spectacle de cette tragédie, où  Sophonisbe, la Carthaginoise,  ne va vers le sacrifice (elle se suicide) qu’à la manière dont on fait un pied de nez au destin  après avoir joué sans vergogne, et perdu, au jeu risqué de l’amour.

 

 

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