Jeudi 15 mars

 

Voici trois semaines j’étais avec enfants et petits enfants  dans le Val d’Anniviers, à Saint Luc, là où séjournaient en classes de neige les 22 écoliers  qui ont perdu la vie dans un effroyable accident d’autocar dans la nuit de mardi à mercredi. Nous avions fait le voyage dans les mêmes conditions: de nuit en autocar et emprunté le même tunnel de Sierre.

Tous les jours ou presque, les nouvelles nous parviennent de catastrophes de toutes natures. Les medias ne nous en épargnent aucun détail,  aucune image. Elles sont loin pourtant de nous toucher toutes.  Elles nous émeuvent, certes, mais assez lâchement, à la manière, conjuratoire, du spectacle d’un drame qui  nous a laissé indemnes. Nous nous identifions aux victimes,  mais pour quelques instants compassionnels , pas plus. Des personnes sont mortes, mais qu’y pouvons-nous ? Et puis surtout ce pourraient être d’autres personnes, cela n’y changerait rien, ce sont des morts anonymes.

Je ressens  ici autre chose. J’éprouve physiquement autre chose.  Mon sang s’est glacé au  récit  cauchemardesque d’un sauveteur. Ces enfants écrabouillés  auraient pu être les miens, je visualise parfaitement l’endroit de l’accident, je visualise l’intérieur de ce car où les sièges ont été arrachés sous la violence du choc, les corps  tous projetés vers l’avant, et ces vies d’enfants  subitement anéanties.  Ca ne sort plus de ma tête. Je songe à l’insupportable douleur des proches.. Mais bien sûr,  ce sont « d’autres vies que la mienne », comme dirait Emmanuel Carrère…

 

Une réflexion au sujet de « Jeudi 15 mars »

  1. Je suis, moi aussi, terriblement habitée par ces vies enfantines enlevées, arrachées. J’ai sciemment refusé toute image, toute lecture dramatique, m’en tenant aux paroles fragiles et heurtées de ceux qui ont approché ce carnage. Vivant intensément seule, leur absence brutale, prisonnière d’un trouble étrange. Plus de frontières, plus de distance, un temps aboli. La mort de Guillaume, 14 ans, qui faisait partie de la maison, sans être des nôtres, m’explosait à nouveau au visage. Saint-Luc, lieu d’insouciance arpenté en tous sens, en toutes saisons, s’englue d’encre brune indélébile… Oui, je souffre, sans jamais pourtant atteindre, comme tu le dis si bien à propos, la douleur de ces autres vies que la mienne.

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