Lundi 13 mai

Pendant quelques mois, Virginie Devillers a tenu un blog.  Elle s’était donné pour contrainte d’y écrire quotidiennement, à propos de quelque chose  – un livre, un film, une parole, un acte, peu importe- à quoi elle pouvait dire: Oui.

J’ai songé à reprendre cette idée. Je la trouve très belle. Très simple, très belle, mais finalement pas  si facile à mettre en oeuvre, comme je l’ai mesuré cette semaine, où, pour diverses raisons, j’étais d’une humeur noire. A quoi aurais-je pu dire un oui sans réserves ? Ca me désole, mais je crains bien que la réponse ne soit: à rien. Si ce n’est au dernier livre de Philippe Forest: Le chat de Schrödinger, auquel je me suis raccroché comme à une planche de salut.

La mauvaise humeur est un affect qui tient au réel, au sens lacanien de ce qui se met en croix sur votre chemin, et contre quoi on se cogne. La mauvaise humeur n’inspire à aucun oui. Elle nous dresse contre le monde entier. Elle consume toute la libido disponible. On s’y réfugie comme dans un alcool fort. En réalité, elle a quelque chose d’un effort; c’est une sorte de dépassement de soi. On y cherche désespérément un élan. Dans un certain sens, c’est un réveil: si la culpabilité nous rappelle toujours peu ou prou en quoi nous n’avons pas agi conformément à notre désir, la mauvaise humeur traduit combien celui-ci s’est trouvé entravé, et n’a pas trouvé la voie de son accomplissement, la voie du  Oui  fondamental  qu’il cherche obstinément à obtenir.

 

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