Jeudi 1 mars

 

J’arrive hier soir au Botanique, impatient de découvrir « Reg », la nouvelle exposition de mon cher ami Marcel Berlanger. Coup de veine: qui est-ce que j’aperçois dans le hall d’entrée ? Le malicieux  Juan d’Oultremont déposant  discrètement, comme il le fait depuis 5 ans lors de divers évènements culturels, le recadrage photographique d’un de ses dessins érotiques, laissant à qui veut la possibilité de l’emporter. Et hop, je ne me suis pas fait prier! J’en suis d’autant plus content que celui-ci est particulièrement réussi.  

Un conseil au visiteur : n’entrez pas immédiatement dans la salle d’exposition, mais empruntez la grande veranda en direction des salles  de spectacle et du restaurant. Vous y rencontrerez, dans une ligthbox suspendue en hauteur en travers de l’allée, une grande peinture rouge sur fibre de verre percée de trous représentant  un visage féminin: C’est celui de Naomi Watts dans le remake de  King Kong, saisi dans un moment d’intense stupeur,  bouche bée,  yeux hallucinés. Ensuite, revenez vers le hall d’entrée  au plafond duquel  est suspendue la peinture d’un aérolite impressionnant, référence à un grand manipulateur d’images, Magritte, mais aussi paradoxal « lever » de rideau sur l’exploration de l’espace à laquelle invite l’exposition proprement dite. Vous y entrez à présent et faites le tour d’un très grande pièce au sol: c’est le « reg » qui donne son titre à l’ensemble, mot d’origine arabe qui désigne une étendue désertique et caillouteuse. Et vous faites alors l’épreuve de ce qui, du portrait de  Noami Watts et de son fascinant regard  à cette surface grise, âpre, inhospitalière, quasi lunaire, a subi le plus radical assèchement: c’est que, sans crier gare,  vous voilà passé du regard au reg. Ce n’est pas le moindre tour de force que réalise là ce virtuose de la peinture qu’est Marcel Berlanger (le compliment, très juste, est venu hier à la bouche d’un autre artiste, Eric Angenot), ce n’est pas son moindre tour de force, dis-je que nous conduire à cette déposition du regard qu’il faisait flamber un instant plus tôt. Et nous voici à présent  occupés à arpenter la surface de ce désert de pierres comme s’il s’agissait du sol radicalement  déshabité d’une autre planète. Ce sentiment est accentué par la présence de la structure en pneus, sorte de LEM bricolé, que Jonathan De Winter a posé sur l’oeuvre de Berlanger à son invitation. L’ image (agrandie) de ce reg est pourtant celle d’une zone de l’Afrique de l’Est, proche du lac Turkana, aux confins du Kenya, du Soudan et  de l’Ethiopie, là où les traces des premiers homidés, nos ancêtres, ont été relevées. Une archéologie de l’image, dépouillée de ses mirages, voilà en vérité à quoi nous sommes conviés par Marcel Berlanger, et ce que décline l’ensemble des oeuvres proposées pour l’occasion en un parcours  qui des premiers pas de Lucy nous conduit à la sublime botte blanche de Kate Moss !

 

 

 

 

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