Dimanche 21 avril

Je suis content car j’ai signé hier un contrat avec les éditions Cécile Defaut pour un livre à paraître à l’automne prochain . Il s’intitule L’envers du décor et traite de la représentation de la guerre.

Au départ, je voulais écrire une suite à Un musée imaginaire lacanien, publié en 2009 à la Lettre Volée. Une phrase de Lacan dans son Séminaire 11, me poursuivait, que je n’y avais pas traitée : Toute peinture est la représentation d’une scène de bataille. Toute peinture, vraiment ? La guerre serait ainsi l’horizon inaperçu, et peut-être la pulsation fondamentale, d’oeuvres les plus éloignées en apparence des champs de bataille.

Alors il s’est passé quelque chose que je n’avais pas prévu. Ce livre m’a échappé. La guerre est devenue ma préoccupation majeure. J’ai découvert l’ Encyclopédie des guerres de Jean-Yves Jouannais, entreprise dont j’ai déjà dit quelques mots dans ce blog, qui m’a fasciné. Oui, la guerre était notre décor. Ou son envers. Ou les deux à la fois. Suivant la civilisation comme son ombre. Une installation de Marcel Broodthaers, intitulée précisément Décor: Une conquête, achevait de m’en convaincre.

Et voilà comment je n’ai pas réussi à ne pas écrire ce livre!

Il y a naturellement bien des manières d’être en guerre. Alceste, l’atrabilaire amoureux que Molière met en scène dans Le Misanthrope est en guerre avec le genre humain. Et cependant il est amoureux. Deux passions difficiles à concilier! Laquelle l’emportera? Le voilà du coup surtout en guerre avec lui-même. Précipitez-vous pour aller voir Alceste à bicyclette, avec un merveilleux  Fabrice Luchini en acteur retiré des planches, cloîtré dans l’île de Ré,où il rumine son dégoût du monde,  et assiégé par un ami d’autrefois venu l’inviter à jouer avec lui…Le misanthrope.

Une réflexion au sujet de « Dimanche 21 avril »

  1. Concernant « Alceste à bicyclette », je suis bien d’accord, et l’ai d’ailleurs vu deux fois. Je trouve aussi que Molière est le plus fin analyste de l’être humain, avec ses névroses, ses générosités, ses guerres intérieures et extérieures…et tout cela avec un grand sens de la farce autant que du tragique. Des deux personnages principaux du film, incarnés par Luchini et Wilson, lequel est finalement le plus misanthrope, ce n’est pas pour rien qu’ils jouent à tour de rôle le personnage! Et comme on dit, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre!
    En dehors de la langue si savoureuse et extraordinaire de Molière et du jeu des deux acteurs principaux, le film pose aussi la question de la sincérité: doit-on dire aux autres ce qu’on pense d’eux?
    Molière a eu le génie de mettre Alceste en face d’une grande coquette, d’une mondaine, c’est un comble; mais, à un moment donné, il lui demande ce qu’il a de plus que ses autres soupirants, et elle lui répond:  » Le bonheur de savoir que vous êtes aimé », réplique pleine de pudeur et de finesse.
    Pour elle aussi c’est un comble d’aller s’amouracher de l’homme qui lui convient le moins, ombrageux, jaloux, de mauvaise foi, fuyant toute forme de mondanité, colérique et j’en passe, quelle inventivité et quelle modernité de la part de Jean-Baptiste!
    Le film est très réussi et dépasse de loin ce que certains critiques lui reprochent: d’être inintéressant si on est pas fan de théâtre. Moi je dirais aussi que ce film pose la question de l’amitié: c’est quoi l’amitié? C’est quoi la trahison d’amitié? Il y a des chagrins d’amitié autant qu’il y a des chagrins d’amour, ce peut être même plus douloureux encore.

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