Vendredi 29 mars

La réunification des deux Corées: quel titre, quel programme ! Et quel spectacle ! La nouvelle création théâtrale de Joël Pommerat est une grande chose. Du Marivaux revu par Samuel Beckett, de l’Ibsen croisé avec Labiche, du Bergman mixé à Woody Allen, un formidable pot-pourri sur le thème de la tragi-comédie de l’amour.

D’abord, il y a le dispositif scénique, parfait. La frontalité du dispositif classique de la représentation théâtrale n’est pas ici rompue par des artifices (spectateurs sur la scène, acteurs dans la salle, etc.) mais par la division en deux de l’espace, répartissant les spectateurs en face à face sur deux gradins autour d’une espèce de tranchée. Comme la matérialisation de la  réunification impossible, de la  Spaltung au coeur de l’être, de l’absence de rapport. Les comédiens, tous magnifiques,  arpentent cette tranchée deux heures durant au fil de saynètes qui surgissent de l’obscurité comme autant d’épiphanies, tantôt burlesques, tantôt dramatiques.

C’est un spectacle sur le fil du rasoir, menaçant en permanence de basculer dans le  vaudeville, le mélodrame, le procédé. Mais  à chaque fois, la magie opère: le lieu commun devient mystère, et le mystère la seule évidence.  Les deux Corées, l’homme et la femme, l’amour et le désir ne se réunissent que dans le malentendu. On le sait depuis la nuit des temps, mais on le découvre chaque matin.

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