Mardi 26 mars

Une amie me reparlait hier de Marcela Iacub et de son interview de la semaine dernière. Quelle fut la plus grande faute de DSK ? J’aime bien la réponse définitive de Iacub: avoir voulu faire interdire un livre. Un acte indigne d’un homme qui voulait devenir président de la République.

Ce matin, en ligne sur le site de Lacan Quotidien, deux articles intéressants à propos de Belle et bête, signés Clotilde Leguil et Gil Caroz. En voilà au moins deux qui ont pris la peine de lire le livre avant d’en parler, et fort bien.

Belle et bête n’a pas la structure des contes de fées, celle que Paulhan reconnaissait, non sans ironie, à l’oeuvre dans Sade.  Pauline Réage, qui fût sa Schéhézarade, en écrivit un (Histoire d’O )  par amour pour lui. Ce fut aussi certainement aussi sa façon de survivre au supposé bonheur dans l’esclavage.  Quant à Belle et bête, c’est un conte à l’envers. Il commence quand le charme est rompu.  C’est le récit d’un réveil, brutal. La végétarienne fantasmait de se faire bouffer toute crue. C’était sa version de l’amour fou, c’est-à-dire l’amour à mort. Te voir et mourir: tel est le voeu qu’elle formule tout de suite à son amant. Gala avait dit la même chose à Dali: Fais moi crever. Dans sa toile Cannibalisme d’automne , on saisit combien ce dit a pu le secouer.

J’étais ce week-end aux Pays-Bas, chez mes amis Joao de Azevedo et Jolanda Buters, qui m’ont emmené, en bicyclette évidemment, au magnifique Kröller-Muller Museum. S’y tient pour quelques jours encore une fort belle exposition Arte Povera, avec des oeuvres majeures de Mario Merz, Paolini, Zorio, Anselmo, Penone, Kounnelis, Fabro, Pistoletto,  autant d’artistes qui nous ont appris à regarder le monde autrement. Il est difficile de définir précisément l’Arte Povera. Mais cette nomination, dûe au critique Germano Celant, est très juste. Elle condense  la matérialité de la démarche (choix des matériaux, économie des moyens) et son esprit (rejet du consumérisme, critique de la société du spectacle et du capitalisme, éthique ascétique, voeu de simplicité ).

Nadine Stroobandt, dont le sens de la langue est très sûr, a, la première, déchiffré la jolie contrepèterie contenue dans le vers cité par Lacan en fin de son Séminaire VI, et même bien plus, comme on le découvrira au fil des trois commentaires qu’elle m’adresse. Bravo, chère Nadine ! Ce vers vient de Ripopées, un recueil de Marcel Havrenne, alias Désiré Viardot, poète belge trop méconnu -mais pas de Nadine- ,ami de Nougé, Scutenaire, Magritte, Chavée, et apprécié de Paulhan et de Borges. Lacan le cite sous un de ses nombreux  pseudonymes : Désiré Viardot -où on relèvera un autre calembour.

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