Mercredi 20 mars

Vu hier sur la 2, avec 24 heures d’avance sur les téléspectateurs français, DSK, l’homme qui voulait tout , le documentaire de Gérard Miller et Anaïs Feuillette. Bien ficelé. La chute de celui pour qui on imaginait grandes ouvertes les portes de l’Elysée, y est inscrite dans la logique inconsciente de la vie d’un homme qui ne voulût rien sacrifier de sa jouissance. Le film montre très bien combien ce trait concourut, ô combien, à la fascination qu’exerça et finalement exerce toujours DSK, l’incastrable.

Mais à mes yeux, le plus intéressant dans ce documentaire réside ailleurs. C’est, en temps réel, le constat de la naissance d’un mythe. D’ores et déjà DSK n’est pas loin de rejoindre JFK (John Kennedy) dans l’imaginaire des figures foudroyées au zénith de leur destinée. Substituez à la voix de Gérard Miller, celle, traînante et mélancolique, de Frédéric Mitterand, quand naguère il nous contait la vie, toujours tragique, des stars ou des grands de ce monde, à travers des images savamment projetées au ralenti pour assurer l’envoûtement, et le tour est joué.

Il y a eu le livre de Iacub.  Il y a à venir un film d’Abel Ferrara. Il y aura, j’en fais le pari, d’autres livres et d’autres films. Les medias l’ont bien senti, qui ne se lassent pas d’exploiter le filon: DSK est un personnage romanesque, un  personnage romanesque qui s’est perdu lui-même en s’identifiant à son propre mythe naissant: Do you know who I am?  demandait-il, incrédule,  aux policiers venus l’arrêter à l’aéroport de New-York.

Mais incrédule, qui ne l’a été, au lendemain de cette arrestation,  à voir les images de DSK menotté les mains dans le dos et jeté en prison ? L’affaire du Sofitel, c’est aussi l’histoire de cette incrédulité, de cette stupéfaction générale, aisément suivie du soupçon de la machination. Comment cet homme au faîte de la puissance financière,  brillant, charmeur, à qui tout réussissait,  aurait-il pu, à la veille d’annoncer sa candidature à la présidence de la République,  se transformer en violeur de bas étage entre deux avions ?

Dans le Times du 1er de ce mois encore, l’éditorialiste Charles Bremmer se lamentait. Pourquoi diable, à ce personnage théâtral, surdimensionné et exaspérant, nommé Nicolas Sarkozy, avait-il fallu que succède cet ancien chef de parti fatigué dont on regardait les ambitions d’un oeil moqueur, nommé Hollande ? Comme les choses iraient mieux aujourd’hui en Europe, rêvait-il, si DSK, ce Schröder français n’avait pas succombé à sa libido compulsive. Mais voilà, comme le film de Gérard Miller le montre bien, DSK voulait bien devenir président de la République, mais pas assez pour s’imposer quelque limite que ce soit à son appétit de jouissance. 

 

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