Lundi 4 mars

Quentin Tarantino n’est pas le seul à revisiter le western. J’ai découvert un film, dont la sortie en 2010 m’avait échappé, et qui m’a soufflé: Meek ‘s Cuttoff de Kelly Reichardt. Il a été commercialisé en France sous le titre La dernière piste.

Pour faire un film, disait le grand John Ford, il suffit d’une fille et des fusils. Dans celui de Kelly Reichardt, il y a en tout et pour tout deux coups de fusil, et ils sont tirés en l’air. Par une femme, qui se saisira une deuxième fois d’une carabine, pour mettre un homme en joue cette fois, histoire de le calmer. Il y a aussi un Indien – un seul- dans une zone désertique de l’Oregon où cheminent péniblement trois familles d’immigrants. Ils ont pour guide Meek, un vieux trappeur hâbleur qui prétendait leur faire découvrir une piste plus rapide et n’a réussi qu’à les égarer. A l’en croire, le véritable danger n’est pas la soif et la faim qui tenaillent les hommes et les bêtes, mais les Indiens sanguinaires qui menacent à chaque instant de surgir. Ils ne croiseront qu’un seul d’entre eux, qu’ils font prisonnier, et que Meek ne pense désormais qu’à descendre. Il en sera empêché à temps par cette femme qui le menace de sa carabine, et qui a compris que leur seul chance de salut repose dans leur prisonnier, qui n’a rien de sauvage, et dans les mains de qui repose désormais le sort du groupe. Mais nous ne connaîtrons pas l’issue de l’odysée.

Comme dans Django Unchained, nous replongeons donc dans l’histoire profonde de l’Amérique, pour découvrir de la mythique conquête de l’Ouest une geste qui n’a plus rien d’héroïque: de pauvres hères à bout de forces qui tournent en rond sous la conduite d’un passeur douteux, une terre inhospitalière, un ennemi fantasmatique. Mais il y a dans ce film aussi  sobre et même dépouillé  que le film de Tarantino est baroque, une puissance poétique rare, qu’épouse parfaitement la musique étrange et lancinante de Jeff Grace. Celle-ci n’est pas sans rappeler d’ailleurs les sublimes morceaux de Neil Young, dans un autre western crépusculaire : Dead man de Jim Jarmusch.

 

 

 

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