Mardi 26 février

Watteau et la leçon de musique. L’association est tellement évidente qu’on ne pouvait que redouter de voir enfoncer cette porte ouverte. Confiée à William Christie, le directeur des Arts Florissants, l’exposition présentée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles déjoue heureusement le piège et réalise une vraie prouesse. C’est comme une balade, très élégamment scénographiée, qui nous donne le sentiment de nous glisser délicatement dans l’intimité du peintre, et qui nous transporte magiquement dans une époque frivole et charmante. La France de Louis XIV se meurt, et aux  fastes et aux pompes de Versailles, voilà que succède la légèreté du style rocaille et de la fête galante. Mais ce ne sont pas seulement de gracieux menuets que Watteau nous donne à entendre. Watteau n’est pas un peintre superficiel. Embarque-t-on pour Cythère, ou en revient-on ?, on ne sait jamais au juste. Son admirable Gilles, rebaptisé Pierrot, bouleversant de mélancolie, n’a pas quitté le Louvre. Le revoici pourtant dans La partie carrée – un titre ambigü dont on peut douter qu’il soit dû à Watteau-, de dos, une guitare en bandouillère. Il se tient debout face à deux jolies femmes assises avec un jeune homme. On le devine maladroit et embarrassé.

Dans la peinture de Watteau, il y a aussi de longs silences: ceux de L’amoureux timide ou des Deux cousines. Il y a des bruissements, des chuchotements, des murmures. Le violon, la flûte, la guitare ou le clavecin ne viennent pas rompre le silence ou couvrir les gazouillis, leur mélodie s’y fond harmonieusement, et leur chanson, comme dit Verlaine, se mêle au clair de lune, qui fait rêver les oiseaux dans les arbres /Et sangloter d’extase les jets d’eau / Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

 

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