Mardi 20 février

Philippe Hellebois , auteur de l’excellent  Lacan lecteur de Gide paru récemment aux éditions Michèle, attend que ce blog me discipline ! Aie, aie, aie, il me désapprouvera certainement quand il apprendra que je suis pour une semaine aux sports d’hiver.

Il y a les partisans des vacances à la mer  et les partisans des vacances en montagne. Personnellement j’aime les deux. Là où je déprimerais plutôt c’est à la campagne,  en tous cas en  plaine. La ville m’y manque vite.

J’ai emmené avec moi quelques livres qui traînaient sur mon bureau depuis un certain temps. Ainsi ce matin, trop fourbu pour me précipiter sur les pistes,  ai-je lu Histoire du pied, la première nouvelle du recueil de Le Clezio publié sous ce titre. Le Clezio est un conteur merveilleux, et pourtant quand on commence un de ses livres, on a toujours un peu l’impression qu’on va relire la même histoire pour la xième fois, avec les mêmes thèmes obsédants: la nature, la solitude, le rêve, le voyage dans des zones du monde oubliée de la modernité,la quête de soi et de l’Autre, la sensualité des choses, l’extase matérielle (titre d’un de ses romans).  Le miracle est que, fidèle à ces sujets invariables, le charme finisse toujours par opérer, et que le livre se mette à battre d’un souffle puissant, et que, oui, c’est finalement toujours  une aventure nouvelle que sa lecture nous réserve.

Histoire du pied conte l’histoire simple d’une jeune femme amoureuse d’un homme dont peu à peu on s’aperçoit que selon ses termes, il joue avec elle. Elle en attend un enfant, ne le lui dit pas. Il disparait de sa vie.Elle décide de garder l’enfant. C’est tout. Une histoire banale, racontée sans pathos mais qui émeut incroyablement, à travers laquelle s’isole parfaitement ce qui fait l’objet de tous les livres de Le Clezio : la vie, la vie fièvreuse, douloureuse, grouillante, bouillonnante, inépuisable,  la vie  sans pourquoi, sans métaphysique, la vie organique,et l’évidence d’un monde qu’il suffit d’observer dans la plus ténue et la plus gratuite  de ses manifestations -ici la plante d’un  pied ou… le pied d’une plante- pour y sentir palpiter celle-ci. Comme l’avait fort bien souligné Roger Borderie, Le Clezio est à l’inverse du Sartre de La Nausée, où  les descriptions d’une souche d’arbre sont d’abord l’expression d’une pensée. Une page de Le Clezio, c’est une fourmilière, disait excellemment Borderie. L’écriture y est toute entière happée par le réel, elle en suit le mouvement, elle l’épouse, et littéralement s’y résorbe.

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