Jeudi 10 janvier

Ce blog a pris un rythme un peu mou ces derniers jours. C’est la faute à une série américaine captivante : Homeland, qui va entrer dans sa Saison 3.  Après huit ans de captivité, un G.I porté disparu en Irak est libéré. Retour triomphal au pays natal. Le héros retrouve son foyer, sa femme, ses deux enfants. Il est admiré dans les medias, courtisé par les politiciens. Voilà pour le décor. Il y a bien sûr un envers, que, seule, suspecte une jeune femme agent de la CIA. Ne se pourrait-il que le revenant n’ait été retourné par ses ravisseurs ? Ne serait-ce pas en ennemi dangereux pour la sécurité du pays qu’il y serait rentré ?

Imaginerait-on un instant, dans Homère, Ulysse de retour de Troie  dans la peau d’un traitre ? Ulysse n’étreignant Pénélope que par ruse ? Ulysse conspirant désormais contre la Grèce ? Ulysse en Cheval de Troie ? On saisit tout de suite à ce parallèle combien le monde d’Homeland est un monde où, en définitive, il n’est fondamentalement même plus d’endroit du décor. Nous voilà dans un monde où forcément chacun est suspect de trahison, haute ou basse. Où la jeune femme qui enquête sur le soldat est elle-même suspectée par sa hiérarchie, à l’insu de laquelle elle  opère. Où le moindre défaut dans la video surveillance ou l’écoute téléphonique se paye cash. Où aucune foi en la parole n’est possible.

Ce climat paranoïaque était déjà celui d’une autre série fameuse, 24 heures chrono. Mais dans cette série bien nommée, l’ennemi essentiel, c’était en définitive le temps. Il était toujours moins une, mais les complots les plus machiavéliques se brisaient immanquablement, à la fin d’un suspens haletant, sur Jack Bauer, le héros de la série. Il est vrai que Jack ne reculait devant rien pour cela, et que les pires moyens pouvaient être utilisés dans cette course contre la montre. En revanche la série magnifiait une figure d’une intégrité sans faille en la personne du Président. Elle  a d’ailleurs très certainement  beaucoup contribué à accommoder l’opinion publique américaine à l’idée de l’élection d’un président noir.

Dans Homeland, plus l’intrigue, certes ponctuée de rebondissements, avance, et plus on s’installe dans un temps enveloppant, dont on n’aperçoit nulle sortie sûre possible. Ce qui s’est avéré dans la guerre, tant sur le terrain afghan que sur le terrain irakien, a contaminé la société américaine. Et ce n’est pas que celle-ci ait perdu confiance qui en est cause. C’est plutôt que la confiance, toute confiance, est foncièrement devenue pire qu’un chausse-trappe, une faiblesse dont il convient de se garder. Beaucoup des personnages mis en scène dans cette série sont attachants. Tour à tour, ils font l’épreuve de ce qu’il en coûte à rêver du contraire.

Vaille que vaille,  les Etats-Unis s’efforcent de se désengager en Irak comme en Afghanistan, mais ce désengagement n’est pas synonyme de sortie de la guerre. C’est ce que montre fort bien Homeland. La guerre est devenue une sorte de manteau invisible. Comme un virus informatique non localisé, elle s’insinue jusque dans les bagages des Marines rentrés au pays. Tout citoyen est désormais un ennemi potentiel. Plus l’once d’une garantie. Et plus personne qui puisse prétendre l’incarner sans pactiser tôt ou tard avec l’imposture et la trahison.


 

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