Mardi 20 novembre

Dans son excellent ouvrage La musique et la transe (Gallimard, 1990, réédité en coll. Folio), Gilbert Rouget n’hésitait pas à rapprocher par un certain nombre de traits structuraux l’opéra, temple de la possession lyrique, des manifestations de la mania dans les cultes de Dionysos ou des rites de possession vaudous. J’ai été complétement convaincu par ce parallèle en assistant ce dimanche soir au Palais des Beaux-Arts  – quel bonheur! – au sublime récital de Cecilia Bartoli. M’y est en effet revenu soudainement le souvenir d’une grandiose cérémonie candomblé dont j’avais naguère  été le témoin à Recife  dans le Nordeste brésilien.

Dans Le Monde de ce mardi, j’ai lu avec intérêt un article de Serge July, qui revient sur 1973, année où, avec Jean-Paul Sartre, il créa le quotidien Libération. Non sans raison, il repère en cette année la matrice de notre monde contemporain. Le première choc pétrolier suite à la guerre du Kippour apparait d’abord pour conjoncturel. Ce n’est en vérité que le premier pas d’une crise structurelle dont l’Occident ne s’est toujours pas relevé.1973 est aussi l’année de la fin de la guerre du Vietnam, celle du scandale du Watergate qui entraîne la chute de Richard Nixon, celle de la réhabilitation de Deng Xiao-Ping à Pékin, du coup d’état du général Pinochet au Chili. Serge July met ces événements en série comme autant d’annonciateurs de ce qui s’enchaîne ensuite dans la décennie, et que nul n’a vu venir : l’échec des relances keynésiennes, le triomphe du néolibéralisme, l’effondremment de l’URSS, la montée en puissance de la Chine.

Reste une absence, qui  frappe  dans ce tableau de l’état du monde: l’Afrique. Pas un mot de Serge July à propos du Congo, de l’Angola, de l’Ethyopie, de l’Ouganda, de l’Afrique du Sud,…Alors si vous voulez vous informer du devenir  de ce continent laissé pour compte, précipitez vous plutôt pour découvrir Let there be light, rétrospective des oeuvres filmiques et photographiques d’Alfredo Jaar dédiées à l’Afrique. C’est à l’Espace ING, place Royale à Bruxelles jusqu’au 10 décembre et c’est bouleversant.

 

 

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