Lundi 16 janvier 2023

 

J’ai quitté Marseille à regret hier après trois jours fort agréables grâce à l’accueil de mes amis du Cercle de l’Antenne Clinique de Gap. Ceux-ci m’avaient convié à un plaisir rare: une conversation sur l’art et la psychanalyse au départ de leur lecture de mon  livre Un musée imaginaire lacanien et de celui qui en est pour une part le prolongement: L’envers du décor. 

Si je m’aventurais à donner aujourd’hui une nouvelle suite à ce livre, comment procéderais-je? Peut-être à partir d’un certain nombre d’objets électifs de Lacan, autour desquels pourrait se concevoir une constellation d’oeuvres : miroir, vase,  os gravé magdalénien, photo d’éléphant,  boite d’allumettes, schofar, escabeau, bande de Moebius, cigare tordu,…autant d’objets lacaniens très significatifs.

L’objet qui a plus spécialement mobilisé l’attention des membres du Cercle de Gap et vectorialisé leurs réflexions, c’est le noeud. Le noeud borroméen et le trou qu’il enserre. Un trou tourbillonnant, source d’un souffle de vie, vortex qui pousse au dire et à l’invention créatrice.

A partir de cette préoccupation commune, chacun a épinglé des oeuvres qui lui parlaient: tableaux, photographies, films, installations : Cézanne et la Sainte Victoire, Giacometti, Pierre Soulages,  la Venus de Botticelli, la Pieta de Michel-Ange dans sa cage de verre à St Pierre de Rome, le Narcisse de Caravage, Le Mement Mori d’Ai Weiwei, Joseph Beuys, Anselm Kiefer, le projet Blair Witch… L’une des participantes a aussi témoigné de sa propre pratique de la photographie et des instants de jouissance que celle-ci lui assure.  Bref, cette rencontre fut un moment d’échanges intense, comme il en est trop peu.

Cette escapade au pied des Alpes me donna aussi  l’occasion de découvrir deux fort belles expositions : celle de Ghada Amer en trois lieux à Marseille (Mucem, Frac et Centre de la Vieille Charité) et celle d’Yves Klein à l’Hôtel de Caumont à Aix en Provence.

J’ai évoqué Yves Klein, trop sommairement, dans mon Musée imaginaire, à propos de son Saut dans le vide si j’ai bon souvenir.. Quant à Ghada Amer, je lui ferais à coup sûr une place de choix dans celui que je pourrais concevoir aujourd’hui. On est pantois d’apprendre qu’étudiante à la Villa Arson naguère, on lui refusa l’inscription dans l’atelier de peinture. Le mixte de peinture et de tissage qu’elle a inventé donne le jour à des tableaux d’une beauté raffinée et d’une sensualité subtile, qui déjoue l’opposition entre  art abstrait et art figuratif.  Opposition stérile s’il en est, comme Lacan l’a souligné dans son Séminaire L’éthique de la psychanalyse, en un temps où elle  partageait virulemment  la critique. J’ai commenté ce passage à Gap, et aussi dans un article qui paraîtra dans le prochain numéro de La cause du désir sous le titre « L’érotique lacanienne de l’art ».

Une réflexion au sujet de « Lundi 16 janvier 2023 »

  1. Heureuse de vous retrouver par ce media, vous l’avez dit, vous l’avez fait, quelques mots sur Le Cercle de Gap sur votre blog!
    Bonne continuation
    Bien à vous

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