Lundi 1 novembre

 

Les illusions perdues auraient pu donner matière à plusieurs saisons d’une série. Xavier Giannoli a réalisé l’exploit d’en proposer l’adaptation à l’écran, en un film qui restitue assez fidèlement le grand roman de Balzac. J’y applaudis d’autant plus que je suis fatigué des séries, dont la prolongation de beaucoup n’a pas d’autre motif que leur succès commercial. L’intérêt des séries tend d’ailleurs à s’épuiser depuis un moment. Exception, et ce n’est pas un hasard je crois, de l’une ou l’autre « mini-série », format qui tend à s’imposer ces temps derniers.

Ceci pour dire que j’ai retrouvé beaucoup de plaisir à la fréquentation des cinémas, dont nous avons trop longtemps été privés. Et donc, à voir  Les illusions perdues, porté par de grands acteurs (Cécile de France, Gérard Depardieu, Louis-Do de Lancquesaing,
Sabine Dewaels et le jeune Benjamin Voisin dans le rôle de Lucien de Rubempré). Cette fresque historique du temps de la Monarchie de Juillet et de l’avénement du libéralisme triomphant est d’une actualité stupéfiante. Un renard libre dans un poulailler libre: la phrase n’est pas de Balzac, on en attribue la paternité tantôt à Marx, Lacordaire ou Jaurès; mise dans la bouche d’un des personnages du film, elle en résume assez bien l’atmosphère, au temps du capitalisme industriel en pleine ascension et de la bourgeoisie montante. Dans ce monde nouveau, libre est censée être aussi la presse, mais elle est surtout le lieu de fort juteuses affaires, liées à la fabrication de fake news avant l’heure. Comme nos medias d’aujourd’hui, elle a ses stars qui font et défont sans scrupules, opinions, réputations, crédit. A ce redoutable instrument de pouvoir, Lucien de Rubempré sacrifie ses idéaux littéraires de jeunesse, et le payera cher. Mais tiens, tiens,  connaissez-vous le nom de la maison d’éditions dirigée par Eric Zemmour? Il a la saveur d’un aveu: ..Rubempré!

J’ai aimé deux autres films. Et d’abord No time to die. Oui, le dernier James Bond. Car pour le coup, c’est bien le dernier. Adieu Bond, James Bond ! 007 n’était pas éternel, en dépit de ses métamorphoses successives à travers Sean Connery, Roger Moore, Peter Brosman et Daniel Craig. Il est vrai qu’on pouvait à bon droit oublier la parenthèse Roger Moore /Brosman, ce dernier n’ayant d’ailleurs incarné le personnage qu’une seule fois. Et Daniel Craig, qui l’a véritablement réinventé et lui a donné une autre consistance, ne pouvait avoir de successeur. C’est bien avec lui que Bond devait disparaître, avec le panache d’un héros tragique.

Les intranquilles est le troisième film que j’évoquerai. Il exemplifie avec une grande justesse le tableau de la maniaco-dépression. Joachim Lafosse, qu’on peut sans doute identifier en la personne du petit garçon du couple qui se défait par la faute de cette insoluble maladie de son papa, donne là, après A perte la raison, un nouvel aperçu remarquable d’un sens clinique aiguisé.

 

 


 

 

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