Mercredi 27 juin

D'Israël, Marco Mauas a réagi à mon billet du 16 juin dernier à propos de L'élimination de Rithy Panh.  La Shoah, je le cite, n'a pas été un génocide mais une industrie de la destruction, avec budget, transports, collaboration internationale des pays européens "éclairés par la civilisation", personnel, division du travail, scientifiquement testée.  En vérité, aucun terme ne convient  pour nommer le réel de  la Shoah, sinon celui de Shoah précisément, qui s'est imposé à partir du film de Lanzmann, parce que ce film lui-même est dans son essence un acte de nomination. Mauas évoque le témoignage de Jan Karski: il est impossible de comprendre ce que j'ai vu. Impossible en effet de comprendre la Shoah, impossible de "qualifier" ce trou. 

L'élimination de Rithy Panh est aussi un acte de nomination, et  Lanzmann ne s'y est pas trompé: un livre qui m'a tout appris , a-t'il commenté. Il y a en effet une unicité de ce qu'on appelle le génocide cambodgien, et de ce réel-là, l'élimination est le nom. 

S'il fallait démontrer que l'Europe n'en a pas fini avec ce que Milner a appelé délicatement  ses "penchants" criminels, une nouvelle affligeante parvenue cette semaine d'Anvers en ferait foi. Le Conseil Communal a en effet interdit la pose de "pavés de mémoire" de l'artiste allemand Christophe Demnig. Celui-ci a posé près de 30000 de ces pavés dans diverses villes allemandes, hollandaises et belges (Bruxelles et Liège) devant le seuil des maisons naguère occupées par des Juifs qui furent raflés pour être envoyés dans les camps d'extermination. Pour ces êtres sans sépultures, est-ce encore trop demander que la simple indication du lieu de leurs derniers pas ? Honte à ce Conseil communal d'une ville dont  les autorités collaborèrent activement avec l'ennemi pendant la guerre et qui s'était pourtant honorée il y a 3 ans en présentant par la voix de son bourgmestre ses excuses à la communauté juive. Celles-ci avaient, on s'en souvient -mais s'en souvient-on vraiment?- été jugées "inutiles" par celui qui est à présent le grand favori des prochaines élections communales anversoises: un certain Bart De Wever. C'est à cette occasion que Pierre Mertens le taxa de négationnisme, ce qui valut à l'écrivain une plainte en diffamation qui n'a pas encore fait l'objet d'un jugement définitif.  On voit dans quel contexte le Conseil communal de la ville d'Anvers a pris cette décision inique. 

 

 

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