Vendredi 10 septembre

 

C’était hier le 40ème anniversaire de la mort de Jacques Lacan le 9 septembre 1981. Il est l’occasion d’une salve de publications. Aux Presses psychanalytiques de Paris, nouvelle maison d’édition à l’initiative de l’Ecole de la Cause Freudienne: Pourquoi Lacan? (s.l.d. A. Lebovits Quenehen) et Le désir de Lacan (s.l.d. B. de Halleux). Aux éditions Navarin: Aux confins du Séminaire (soit les 4 leçons consacrées à la lecture du cas de L’homme aux loups de Freud en 52/53 et les textes de la Dissolution en 1980) ; La troisième + Théorie de la langue ( Conférence majeure de Lacan et texte important de Jacques-Alain Miller); le numéro 56 d’Ornicar? enfin, qui comprend nombre de documents inédits, y compris des des manuscrits, de Lacan, et toute une série de témoignages. Je ne manquerai pas d’y revenir.

S’ouvrait hier aussi au Wiels l’exposition consacrée aux poèmes industriels et lettres ouvertes de Marcel Broodthaers, artiste lacanien s’il en est, à moins de considérer Lacan comme broodthaersien, ce qui n’est pas moins intéressant. Broodthaers, homme de grande culture, connaissait fort bien l’oeuvre de Lacan et y fait régulièrement allusion. Mais ce que Lacan appelait plaisamment sa linguisterie est broodthaersienne.

Il y a toujours chez Broodthaers, conjugué à une certaine mélancolie, un côté hautement ludique. De ses « poèmes industriels », il disait qu’ils constituaient des rébus. Ce sont autant d’invitations à des exercices de lectures sur des objets paradoxaux. D’abord par leur appellation: poème. Broodthaers s’est engagé dans le champ des arts plastiques en renonçant à l’écriture poétique, ensevelissant dans le plâtre les invendus d’un de ses recueils de poèmes. Ensuite parce que ces plaques en plastique, conçues sur le modèle d’enseignes publicitaires, peuvent être pris pour des tableaux par des nigauds, au nombre desquels Broodthaers, pince sans rire, se demandait s’il ne fallait pas le compter lui-même!  Dirk Snauwaert et Charlotte Friling, qui ont conçu cette exposition, ont astucieusement déjoué ce piège. L’exposition, la première à rassembler le corpus exhaustif de ces plaques, réalisées entre 1968 et 1972, se parcourt en effet comme on lit un texte et ses variantes. C’est un puzzle -objet cher à Marcel Broodthaers- , un puzzle qui se compose et se décompose sous nos yeux, se diffracte, se décomplète.

Les images du  rébus et du puzzle traversent l’ensemble de l’oeuvre de Broodthaers. S’agissant de ses poèmes industriels,  il a même affirmé que le rébus est  exactement « le langage de ces plaques ».   Un nombre important de dessins ou plaques imprimées sont  émaillées de formes semblables à des pièces de puzzle. La plus significative de ces plaques est sans doute ce : Modèle: la pipe, où des pièces de puzzle s’échappent de la pipe comme des volutes de fumée.
Un « resserrement  de la notion de sujet », voilà ce dont Broodthaers faisait crédit à  Magritte, pour avoir saisir « la contradiction entre le mot peint et l’objet peint », contradiction dont  la phrase  Ceci n’est pas une pipe  écrite sur son tableau La trahison des images, est le paradigme.  « J’étais hanté  par cette peinture » a dit Broodthaers. Ce resserrement de la notion de sujet va de pair avec un resserrement de la notion de signe.
Résoudre ces rébus n’est pas toujours chose aisée, pas plus qu’ajuster les pièces de ces puzzle. Certains des rébus proposés par Broodthaers sont faits pour déjouer à jamais le sens qui pourrait leur être attribué. Telles ces plaques où ne figurent pratiquement que des signes de ponctuation. Si l’on veut bien se souvenir de ce que disait Lacan de la ponctuation, à savoir que c’est elle qui décide du sens, on saisit l’ironie. Là où seule la ponctuation apparait, aucun point de capiton  jamais ne viendra boucler la signification.

Un magnifique catalogue raisonné reprend et éclaire ce cheminement. Il permet en particulier de se pencher sur les nombreuses lettres ouvertes écrites par Broodthaers pendant cette période qui est celle de son vrai-faux Musée d’Art Moderne Département des Aigles.

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