Jeudi 11 mars

Pure coïncidence avec mes propos d’hier, mais j’apprends ce matin à la radio que nous sommes au jour du dizième anniversaire du tsunami qui entraîna la catastrophe de Fukushima. Selon un récent rapport d’experts commandité par l’ONU, ses conséquences en matière de santé seraient limitées, en tous cas au regard des nombreux cas de cancer observés à Tchernobyl. Les experts semblent quand même oublier facilement les 350.000 personnes déplacées du jour au lendemain et toute la détresse qu’on peut imaginer chez ceux-ci. Par exemple, celles des femmes repoussées parce que suspectées de stérilité.

Il est très troublant d’observer l’opacité qui entoure l’usage de l’énergie nucléaire, s’agissant de sa production comme de ses déchets. Cécile Massart a mille fois raisons de s’en alarmer. Ce matin, j’entendais par exemple qu’il n’existait aucun plan d’évacuation prévu des populations aux alentours de Fukishima. Mais dix ans plus tard, il n’en existe pas davantage autour d’Anvers ou de Liège, deux agglomérations proches de centrales pas toujours rassurantes en activité. Et on attend toujours la distribution préventive de pastilles d’iode (avec quelques bonbons?), promise il y a quelques années.

Restons au Japon, où commence l’ère du nucléaire de la façon que l’on sait,  avec Tsubaki, un très beau livre d’Aki Shimazaki, écrit en français car elle vit au Québec. Paru chez Actes Sud en 2005, il a été republié en 2018 dans la collection Babel. C’est l’histoire d’une jeune femme pendant la seconde guerre mondiale, vivant à Nagasaki . Quelques heures avant la destruction de sa ville, à laquelle elle a chancheusement survécu,  elle a tué son père. De longues années plus tard, dans une lettre laissée après sa mort, nous en apprenons les motifs secrets. C’est un conte cruel, digne de Kawabata. Il débute par un dialogue  stupéfiant  entre cette femme et son petit fils  peu de temps avant sa mort :

Grand-mère, pourquoi les Américains ont-ils envoyé deux bombes atomiques sur le Japon ?  -Parce qu’ils n’en avaient que deux à ce moment-là. -Vous voulez dire que s’ils en avaienteu trois, ils auraient largué la troisième sur une autre ville? -Oui, je crois que cela aurait été possible. -Mais les Américains avaient déjà détruit la plupart des villes avant de lâcher les bombes atomiques, n’est-ce pas? – Oui, pendant les mois de mars, avril, presque cent ville avaient été mises en ruine par les B-29.-Donc,  pour eux il était évident ue le Japon n’était pas en mesure de continuer le combat.(…)alors pourquoi ont-ils quand même lâché ces deux bombes, grand-mère? Les victimes étaient pour la plupart des civils innocents. (…) -C’est la guerre. On ne pense qu’à gagner. -Mais ils avaient déjà gagné la guerre ! Pourquoi les bombes atomiques étaient-elles nécessaires ? (…) -elles n’étaient pas inutiles pour eux. Il y a toujours des raisons ou des avantages à une action. -Alors dis-moi , grand-mère, quels avantages ont-ils eu en lançant ces deux bombes atomiques ?  -Menacer un plus grand ennemi. La Russie. -Menacer la Russie ? Alors pourquoi une seule bombe atomique ne suffisait-elle pas ?  -Je crois que les dirigeants américains voulaient montrer aux Russes qu’ils avaient plus d’une bombe atomique.


Implacable leçon de stratégie politico-militaire dont ceci n’est d’ailleurs encore qu’un aperçu.


 

 

 

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