Dimanche 31 janvier

J’ai déjà dit mon admiration pour la série flamande Overwater. J’ai découvert ces jours-ci une autre série flamande formidable: Undercovered. Si la première nous faisait découvrir la face glauque du port d’Anvers, porte d’entrée majeure de la cocaïne en Europe, la seconde nous révèle comment, dans l’autre sens, le monde est inondé d’ecstasy à partir des laboratoires limbourgeois. Juteuse industrie, qui apparente le Limbourg à une Colombie ignorée.

Mais que fait la police ? Conformément au titre de la seconde série -Undercovered- elle infiltre. Et naturellement, la balance des moyens penchant en faveur de cette pente-là, elle est aussi infiltrée. Et si c’était cela la vraie définition de la police dans les sociétés capitalistes: un filtre ?  Un filtre entre deux mondes économiques et financiers parallèles, mais profondément imbriqués, le trafic de drogue n’étant que la zone la plus visible de cet échange généralisé.

Selon Hegel, l’essence de l’Etat, c’est la police. La formule se vérifie certes encore aisément aujourd’hui dans les régimes totalitaires, la Chine en est l’exemple le plus solide. Mais à l’ère de la mondialisation et du néo-libéralisme détricotant progressivement les politiques publiques, quelle est la place de la police? La défense de quel ordre ? De même que des armées se privatisent – ce sont des armées organisées de mercenaires employés par des sociétés privées qui s’affrontent en bien des lieux du monde de nos jours-, la police aussi est en voie de privatisation, en vue de la défense d’intérêts particuliers, confiée à  des sociétés de surveillance ou de gardiennage qui constituent de véritables milices n’obéissant qu’à leurs propres réglements.

Les sociétés démocratiques sont nécessairement menacées quand leurs polices perdent  la seule fonction légitime qui est la leur: celle d’un service public. Que, dans les pays où leur privatisation n’est pas encore imaginable, elles soient  infiltrées par des éléments non démocratiques est un danger permanent. C’est pourquoi il est crucial que les violences policières ne soient jamais considérées, si peu que ce soit, comme légitimes. Ce concept de violence légitime, forgé par Max Weber, est aujourd’hui employé dans un sens dévoyé.  Il n’emportait pour Weber nulle légitimation de la violence. Il était seulement la formulation d’un rapport de forces, à travers lequel s’exprime le monopole d’une violence qui se qualifie elle-même de légitime .

Comme une démonstration par l’absurde de la formule de Weber, nous avons vu voici quelques jours à Bruxelles des manifestations contre les violences policières réprimées violemment par la police, et légitimées allégrement par le bourgmestre (socialiste) de la ville. Pour un peu, celui-ci déposerait plainte contre les parents des jeunes gens roués de coups par sa maréchaussée pour ne pas les avoir tenus en laisse à la maison. Il est vrai que cette manifestation était seulement tolérée. Ni interdite donc -soyons libéraux- ni autorisée -soyons fermes. Sans doute fallait-il donc entendre plus tôt l’encouragement à  la violence dite légitime que ce terme sous-entendait perversement.

 

 

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