Samedi 5 décembre

 

Depuis le vendredi 13 novembre dernier, je songe à l’opportunité de poursuivre ce blog. J’ai ce réflexe quasi automatique quand le calendrier m’offre de telles dates, mais il se conjugue cette fois avec autre chose: le sentiment d’être sur une sorte de voie de garage.

De quoi ce sentiment fait-il signe ? D’abord, il est le reflet du moment que traverse notre monde, qui semble lui-même « sur pause », moment qui se prolonge avec cette crise sanitaire dont on ne voit pas la fin. Car si le premier confinement avait quelque chose d’une expérience, le second a tout d’une punition. Nous nous retrouvons au coin, comme des garnements qui ont désobéis (pour notre bien évidemment).  Quand serons-nous autorisés à en sortir ? Il se pourrait logiquement que la réponse soit: quand nous serons prêts à mieux obéir. Ce sera le  great reset. Rien de complotiste dans mon propos: voir mon billet du 25 août.

Dans notre vie quotidienne, le reset s’est déjà introduit en douceur avec le zoom et la visioconférence. Ce n’est pas que ces outils ne soient pas les bienvenus au titre d’un moindre mal. Ainsi, le mois dernier, les 50èmes Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne, qui rassemblent chaque année autour de 3000 personnes, ont-elles pu se dérouler en visioconférence de manière plutôt réussie. Mais qui ne sent que ce sont là des accommodements avec cette voie de garage généralisée ? Une manière de refuge.

Or pour moi, la tenue d’un blog n’était en rien un refuge. C’était un acte, dont j’ai rappelé à l’occasion, et encore très récemment, le déclencheur décisif: le refus d’un grand journal de publier un texte que je lui avais adressé suite à un rapport inquiétant de la Sûreté de l’état qui épinglait la psychanalyse comme une pratique sectaire.

La prudence n’entraîne pas l’inaction. elle peut même être source d’inventivité. L’impuissance masquée en vertu, non. Elle nous renvoie à une solitude sans horizon. La solitude de l’écran. Au-delà de ce miroir sans tain, y a-t-il autre chose que des « ombres bâclées à la six quatre deux », comme dirait le Président Schreber ? On se prendrait presque à  se le demander. J’observe en ce moment que quelque chose du « joint le plus intime avec le sentiment de la vie » (Lacan) est progressivement touché chez beaucoup dans cette période. On ne vaccinera pas si aisément contre cela.

 

 

 

 

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