Samedi 3 octobre

 

Ni révolte ni indignation. Ni même tristesse. Juste un constat: ce que nous délivre l’actualité est consternant. Constat et consternation constellent tellement qu’on s’en prend d’admiration pour les pouvoirs de la connerie. Prosternons-nous devant la connerie, élevée à l’ère de la post-vérité, au rang d’un des beaux-arts Cap au pire, jusqu’à ce qu’il fasse rire, comme disait Beckett. Car la question aujourd’hui semble bien se résumer à ce que Philippe Lançon écrivait  dans le numéro de ce  jeudi 1er octobre de Libération -qui ouvrait ses colonnes à Charlie Hebdo- : Avoir envie de rire, surtout quand ce n’est plus drôle.

Philippe Lançon, qui a survécu à la tuerie d’il y a cinq ans, retrace dans ce numéro l’histoire de sa collaboration à Charlie. Cinq ans plus tard, se tient  précisément le procès des complices présumés des tueurs. Un anniversaire fêté par un nouvel attentat visant le journal, oeuvre d’un idiot qui s’était rendu sur les lieux de son ancienne adresse. Bilan: deux personnes gravement blessées, ce dont certains n’hésitent pas à tenir Charlie pour responsable, car ils ont reproduit les caricatures de Mahomet à l’origine de la tuerie.

C’est que la liberté de la presse n’est plus le souci de grand monde. Y compris dans la presse. Libé excepté, il est affligeant de voir le peu de place accordée dans celle-ci au procès en cours. Tout comme il est affligeant de ne pas voir les journalistes se mobiliser autour d’un autre procès, particulièrement inquiétant pour leur profession, je veux parler du procès de Julien Assange à Londres.

Le procès des complices des attentats d’il y a cinq ans fait l’objet d’une chronique quotidienne de Yannick Haenel , qu’on peut suivre sur le site de Charlie. Je recommande hautement cette lecture, à travers laquelle se dessine la toile glauque des multiples ramifications qui ont conduit aux assassinats conjugués de Charlie et de l’Hyper Casher. Un monde de haine primaire, médiocre et lâche, où on ne respire que le mensonge, un monde fait aussi de connerie sans nom. Les bras en tombent quand on lit par exemple ceci, survenu au vingtième jour du procès: quelques uns des accusés rient dans leur box; ils lisent le dernier numéro de… Charlie. Et ce n’est vraiment pas drôle.

Pas drôle non plus, mais pas moins consternant de chez consternant: la nomination du nouveau secrétaire d’Etat à l’asile et la migration dans le Royaume de Belgique, un certain Sammy Mahdi. On se disait que le nouveau gouvernement ne pouvait certes pas être pire que les précédents. Parité hommes-femmes. Quelques écolos. Plus de l’épouvantable Maggie De block à la Santé. Et puis ce comble de perversité: un fils d’exilé irakien promu à l’asile et à la migration pour faire le sale boulot, et qui salue fièrement la politique « ferme mais humaine » -tu parles !-  de son prédécesseur, le cher Théo Francken.

Nous avons l’art – et rien de plus je le crains- pour ne pas mourir de la post-vérité, dirai-je en paraphrasant Nietzsche.  Charb, Wolinski, Cabu, Honoré, help !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>