Jeudi 24 septembre

 

Libres contours, aspects du territoire ouvre aux Abattoirs de Bomel la nouvelle saison d’expositions du Centre Culturel de Namur. Je suis très attaché à celui-ci, pas seulement parce que j’ai eu le bonheur d’y monter moi-même des expositions, et que Marylène Toussaint, sa directrice, est une amie, mais parce que c’est un lieu où règne une atmosphère  trop rare dans les lieux « institutionnels », vivante, accueillante, joyeuse, une ruche où dans une fertile agitation se croisent visiteurs, artistes en résidence, enfants du voisinage, participants à des ateliers variés.

Cette nouvelle exposition, très intelligemment conçue par Emmanuel d’Autreppe, réunit des photographes confirmés ( Xavier Istasse, Nicolas Bomal) et de jeunes talents remarquables, parmi lesquels j’ai épinglé surtout les noms de Melanie Patris, Clyde Lepage, Florian Tourneux. Plus le Collectif Aspeëkt, dont la cheville ouvrière, Jean-François Flamey, est en outre un des piliers des Abattoirs, et un passager clandestin en la personne de François de Coninck, invité de dernière minute par Emmanuel d’Autreppe.

Les territoires explorés par chacun de ces artistes conjuguent le plus intime et le plus lointain, le familier et l’étrangeté, le local et le nomade. En dépit du trajet imposé au visiteur -covid oblige- pour les parcourir, c’est une surprenante promenade que cette exposition, mi narrative mi allusive, à travers laquelle dans la Wallonie s’en vient  bruisser le « murmure du monde » , comme le dit joliment Mélanie Patris.

J’aurais du en parler plus tôt, car elle se termine bientôt; il est donc urgent d’aller voir à la MAAC (Maison d’art actuel des Chartreux, rue des Chartreux à Bruxelles) l’expo de Florian Kiniques. Elle constitue le second acte d’une recherche scénographiée autour d’une sculpture absente, oeuvre de Jacques de Brakeleer, sculpteur anversois mort en 1909. Cette sculpture est la propriété du Musée d’Art Ancien de Bruxelles, et s’appelle L’Attente.

Un jour, dans une brocante, Florian Kiniques découvre une vieille reproduction de cette sculpture, qui l’intrigue, et il se rend au Musée. Problème: elle n’y est pas visible. Il semble bien qu’on ignore même où elle est entreposée dans les réserves. A sa demande réitiérée d’y accèder, Florian n’obtient qu’une fin de non recevoir.  L’Attente n’en devient progressivement pour lui qu’un objet plus précieux. Il en traque et en interroge les traces. La sculpture de De Brakeleer devient l’objet de sa propre attente, dont il archive les étapes et dessine les entours. Une première exposition il y a deux ans à la galerie Eté 80 n’était que le point de départ d’une enquête qui prend à présent l’allure d’un jeu de pistes très savoureux, qu’on ne peut que rapprocher de la fiction du Musée d’Art Moderne de Marcel Broodthaers, fait au départ de cartes postales de peintures du XIXème siècle et de caisses vides. Pour être profondément ironique, cette seconde exposition n’en est pas moins  toute en délicatesse, comme on s’en émerveillera dans la dernière salle où Florian Kiniques surprend par une installation d’une lumineuse beauté, qui donne à la sculpture de de Brakeleer une inattendue descendance. On en attend la suite, l’exposition ayant pour titre trois petits points malicieux: …

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>