Mercredi 5 août

L’inconscient, c’est la politique. Pour saisir ce dit de Jacques Lacan, quoi de mieux que la derniére livraison de La Cause du désir, que j’attendais avec beaucoup de curiosité, et dont le thème est rien moins que Sortir du discours capitaliste ? C’est en effet essentiellement  à partir de lexpérience clinique de la psychanalyse  que la question est traitée.

Défaire le business inconscient ! : voilà ce dont il retourne, pour reprendre le titre du texte d’ Aurélie Pfauwadel. Quelqu’un que j’ai eu l’avantage d’entendre fort longtemps  me parlait invariablement des années qui lui restaient à vivre en termes de capital temps; son corps était le dépositaire de son capital santé; son capital confiance était régulièrement ébranlé:  toute atteinte à ses économies  était une pure folie, hormis  celle concernant le billet de lotto acheté chaque semaine, investissement certes risqué mais dont on ne pouvait tout de même pas exclure qu’il débouche sur le jackpot. Son rapport à l’Autre était tout entier régi par les lois du marché. Qu’allons-nous faire de nos dettes?, telle fut la seule question qui le traversa au moment de son divorce.

Lacan a situé le capitalisme dans le fil de sa théorie des discours. Il en distinguait quatre, comme autant de modalités de traitement de la jouissance pour l’être parlant. Il en proposa une formalisation à travers l’articulation de quatre termes:  S1, S2, S (barré) , a. Soit le Signifiant maître, le Savoir, le sujet, et l’objet « plus de jouir », expression, forgée à partir du concept marxiste de la plus-value. Plusieurs textes de ce numéro reprennent ces développements et permettent de saisir leur utilité pour s’orienter dans ce que Lacan appelait « les impasses croissantes de notre civilisation ». Au premier rang de celles-ci, Lacan pointe la forclusion de l’amour opérée par le capitalisme. Love in the bin, Banksy dixit. Ou, en couverture du numéro, Capitalism kills love, oeuvre du collectif Claire Fontaine.

Une autre revue a retenu mon attention cet été. Il s’agit du numéro 767 des Cahiers du Cinéma, qui rassurent quant à la nouvelle équipe éditoriale. On y trouve en particulier un dossier très fouillé à propos d’Eric Rohmer et une interview passionnante de David Cronenberg, pas rangé des voitures, à l’occasion de la sortie en version remasterisée de Crash. Il y évoque la place fondatrice pour lui de la psychanalyse. En vérité, Cronenberg, lui aussi, ne traite de rien d’autre que des impasses croissantes de notre civilisation.

 

 

 

 

 

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