Mercredi 29 avril

Samedi dernier, 25 avril, c’était l’anniversaire de la révolution des Oeillets. Peut-être la seule que l’on puisse encore fêter sans mélange. Une révolution improbable dans ce Portugal fasciste, accroché désespérément à son ancien empire colonial; une révolution menée par des gamins, refusant d’aller se faire tuer en Angola ou au Mozambique, une révolution festive dont un film de Maria de Medeiros a retracé à merveille tout ce qu’elle a eu de miraculeux dans les premières heures de son déroulement. Une chanson, longtemps interdite, en avait donné le signal de départ: Grandola villa morena chantée par le merveilleux José Afonso.

Dimanche dernier, lendemain de cet anniversaire joyeux, mon vieil ami Joao de Azevedo est mort à Lisbonne, où il était hospitalisé depuis un mois dans un service de soins intensifs. Pas à cause du Covid 19, car on peut encore mourir d’autre chose. Mais à cause du Covid 19 et des mesures de confinement, il est mort sans que personne parmi ses proches ne puisse être à ses côtés, et c’est révoltant.

Joao était un grand ami de José Afonso. Il avait dessiné la couverture d’un de ses plus beaux albums : Com as minhas tamanquinhas

J’écoute cet album avec émotion, et me remontent mille et un souvenirs de notre amitié indéfectible. S’il était un homme sur qui je pouvais compter en ce monde, c’était celui-là. Et j’ai beaucoup de peine à imaginer le monde sans lui.

A quelques reprises, j’ai parlé sur ce blog de son travail artistique, auquel il avait enfin  la latitude de se consacrer entièrement.  Mais Joao a eu plusieurs vies, et il faudrait un Neipaul ou un Jorge Semprun pour les raconter. Il y a sa vie d’exilé, errant entre la Belgique, où il s’inscrit comme étudiant à l’Insas, et l’Italie où il est absurdement entôlé pendant un an et demi. Son retour au Portugal après le 25 avril, où il s’investit dans une communauté agricole de l’Alentejo. Ses dix années au Mozambique devenu indépendant, puis dix autres au Niger comme responsable du programme de la FA0. Autant d’engagements sans compromissions, et pour lesquels il ne se ménagea pas. Et puis au fil de ces pérégrinations, qui l’amenèrent aussi à vivre à Timor ou…en Hollande, il y a des amours, et une vie familiale compliquée à souhait ! Ses enfants, que j’aime beaucoup, n’y ont pas toujours compris grand chose ! Moi non plus !

Ces dernières années, il vivait en Algarve, où j’ ai eu le bonheur de lui rendre souvent  visite. J’ai souvenir d’avoir à l’occasion aussi évoqué sur ce blog cette région magique. Je comptais l’y retrouver très prochainement, avec une idée derrière la tête, qui m’excitait beaucoup: mettre sur pied une exposition de ses oeuvres en Belgique.  Histoire de refaire encore une fois l’histoire. Hélas, ceci n’arrivera plus. Mais de ce projet, je reparlerai à ses enfants, je n’y renonce pas.

Qui souhaite en connaître davantage sur cette peinture aussi inclassable que son auteur peut consulter le site: https://joaodeazevedopaintings.blogspot.com.

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Mercredi 29 avril »

  1. Bonjour Yves,
    Merci pour cette belle évocation relative à Joao, que nous avons eu le plaisir de rencontrer chez lui, en juillet 2019, avec Anna, lors d’un passage dans sa chambre d’hôtes. Nous sommes émus et peinés de sa disparition.
    André et Bernadette (région de Nantes).

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