Lundi 3 février

Depuis 2 mois, je suis avec attention les échos suscités par les 49èmes Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne. Pas ceux que l’on aurait pu attendre après la venue de Pascal Quignard et de la projection de sept représentations du sexe féminin sur un grand écran. Cette séquence, assez inouie si l’on veut bien s’y arrêter un instant, n’a en effet entraîné strictement  aucune réaction publique, du moins à ma connaissance. Quel contraste avec la pluie de commentaires autour de la présence à ces journées de Paul B. Preciado ! Je me suis beaucoup interrogé à propos de ces deux réactions opposées, et j’ai  hésité avant de  faire part de ce qu’elles m’inspirent. C’est à les mettre en perspective l’une avec l’autre que je m’y décide.

Qu’avons-nous entendu de Paul B. Preciado ?  Une longue harangue, destinée à sortir les psychanalystes d’une vision étroite des genres.  Prisonnière d’une idéologie désuète bourgeoise et patriarcale assignant à résidence les identités sexuelles, la psychanalyse se doit de se mettre à l’heure Trans si elle ne veut pas rater le train de la révolution politique que représente selon Preciado le mouvement trans.

Appeler à une plus grande attention des psychanalystes à ce propos n’est pas vain. De plus en plus nombreux sont en effet les sujets, en particulier adolescents ou très jeunes adultes, qui se présentent sous la bannière de ce signifiant « trans ». Que révèle l’élection de cette nomination nouvelle?   Révolution ? Ou épidémie ?

Un fait  particuliérement significatif mérite d’être épinglé.  Voici une dizaine d’années, sont apparu des mannequins qui s’assumaient comme trans. Longtemps ils avaient été  irrémédiablement écartés du monde de la mode. Ils comptent aujourd’hui  parmi les plus recherchés, sont payés à prix d’or,  se retrouvent jusqu’en couverture des magazines les plus glamours. Le secteur des soins de beauté a emboîté le pas. A leur tour, les grandes marques ont lancé leurs égéries trans.  Pour ces marques, la mise en avant de ces mannequins transgenres est un enjeu semblable à celui qui avait accompagné la promotion des modèles noirs ou métissés quelques années plus tôt.  Si révolution il y a, il se pourrait bien que ce soit d’abord celle du marché, comme il ressort d’une enquête parfaitement  documentée du Monde magazine de novembre 2019.

Le trans est donc tendance.  Son corps fluide  est devenu le nom d’un style, d’un être nomade,  synonyme d’échappatoire aux impératifs de l’anatomie autant que des codes sociaux. Mais dans le même temps, on voit le retour de la pudibonderie à travers les réseaux sociaux, où les images de sexe sont mises à l’index. Pascal Quignard confiait d’ailleurs s’être mis à l’écriture de La nuit sexuelle avec un sentiment d’urgence après la promulgation du Broadcast Decency Enforcement Act aux Etâts-Unis, convaincu non sans raison que cette vague puritaine ne tarderait pas à gagner la vieille Europe.

D’un côté donc, nous assistons à un déferlement des discours sur les mille et un avatars du  genre et  et de l’autre, au silence renouvelé sur le sexe. Et ceci n’épargne  visiblement personne,  psychanalystes compris.

 

 

 

 

 

 

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