Lundi 20 janvier

 

Pour la seconde fois, j’ai le bonheur que me soit confiée aux Abattoirs de Bomel (Centre Culturel de Namur) la conception d’une exposition, qui se tiendra du 29 janvier au 6 mars. Voici les quelques mots de présentation que j’ai rédigé à cette occasion:

Selon la formule dialogique déjà éprouvée du « One + One + » , le CCN accueille cette année deux artistes : le  belge Daniel Locus et le  péruvien  Nicolas Lamas.

L’un et l’autre, par leurs moyens propres, interroge les coordonnées réelles , imaginaires et symboliques de notre vision: le cadre dans lequel elle prend place comme ce qui en rejeté hors champ,  l’histoire où elle s’inscrit ou celle qu’elle recouvre, ses ombres et ses lumières.

Enfant d’un pays de riches civilisations disparues, Nicolas Lamas perçoit, à travers ses déchets  l’ obsolescence industrielle programmée  comme une préhistoire bientôt indéchiffrable. Daniel Locus poursuit lui une manière d’inventaire de lieux urbains ou naturels où toujours ce qui est donné à voir fait signe d’autre chose. Chez tous deux, il en va d’une traversée des apparences, subtile chez Daniel, plus violente chez Nicolas, ironique chez tous deux. Ils sont, chacun à leur manière, des archéologues du présent.

Originaire de la région namuroise, Daniel Locus occupe sur la scène artistique belge une place singulière et décalée. Photographe, vidéaste, performer à ses heures, il jette sur notre monde un regard oblique, où se croisent préoccupations esthétiques et politiques. Cette exposition est l’occasion rêvée de mieux découvrir son travail patient et médité, dans lequel se conjuguent l’archivage et l’inactuel.

 Installé en Belgique depuis quelques années, Nicolas Lamas fait partie des jeunes artistes émergents sur la scène internationale. Faisant flèche de tous bois -installations, peintures, photos, détournements d’objets- il déploie une inventivité surprenante qui déjoue notre appréhension familière de l’espace et du temps.

Tous deux poursuivent une réflexion originale sur l’inéluctable destructivité à l’oeuvre dans la nature comme dans l’histoire humaine.  Mais cela sans pathos. Il y a au contraire un aspect ludique à leur production.
L’équivoque est présente dans la plupart des photographies de Daniel Locus. Dans les installations de Nicolas Lamas, règnent le collaps, la précarité, le dysfonctionnement.  Chez l’un et l’autre, se dessinent des configurations inédites. Daniel Locus nous suggère un envers du décor; Nicolas Lamas nous y plonge. Tous deux élaborent une forme de  poétique.

Sous quel signifiant placer la rencontre de ces deux  oeuvres ? Celui de la contingence ou de la nécessité ? Peut-être celui, paradoxal,  d’une mélancolie joyeuse et créatrice.

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