Mardi 3 décembre

Je n’accuse pas:  c’est le titre d’un formidable article de Philippe Lancon dans le dernier numéro de Charlie Hebdo à propos du dernier film de Polanski. Il me faudrait le citer tout entier. Il cerne admirablement le coeur de la polémique:  Marguerite Duras parlait de la vie matérielle. Il existe une vie idéologique. Elle est, à mon avis, beaucoup plus liée aux caractères qu’aux convictions. Il y a des gens pour qui tout est politique, jusqu’à la manière de poser son derrière sur la ­lunette des WC ; et il y en a, dont je suis, qui n’envisagent pas leur existence de cette façon-là. Les premiers ne cessent de rabâcher aux seconds que ceux-ci font de la politique, même et surtout en croyant ne pas en faire. Par exemple, aller voir un film de Polanski et le regarder pour ce qu’il est, un film qui raconte une histoire, est pour ceux-là nécessairement un acte politique. Cette vision du monde, des hommes, m’a toujours agacé : ceux qui prétendent m’imposer leur vision politique me prennent soit pour un imbécile en suggérant que, contrairement à eux, je suis inconscient de mes actes, soit pour un hypocrite, en suggérant que je suis complaisant au mal qu’ils dénoncent.

Sans doute y a-t’il une part d’ombre chez Polanski. Qu’il ait à répondre des accusations portées contre lui, soit. Mais Lancon, avec une grande  finesse, démonte l’argument selon lequel ce J’accuse  n’est qu’un plaidoyer pro domo. Il épingle une brêve scène où le réalisateur lui-même apparait, tel Hitchkock dans bien de ses films. Elle se passe dans un salon mondain de style Verdurin. On ne peut mieux noter l’écart que Polanski lui-même a voulu établir entre sa personne et celle de Dreyfus. Mais qui pourrait sans veulerie dénier à Polanski le droit d’être sensible à cette affaire, lui le survivant du ghetto de Varsovie, dont la mère périt à Auschwitz?

Restons au cinéma. Trois films récents ont retenu mon attention: The Irishman de Martin Scorsese, retraçant avec maetria  l’histoire de Jimmy Hoffa, Martin Eden de Pietro Marcelo, adaptation intéressante du roman de Jack London, et enfin  Adults in the room de Costa Gavras, reconstitution minutieuse de la crise grecque au départ du récit qu’en a donné Yanis Varoufakis.

A travers le prisme de Jimmy Hoffa, Scorsese dessine une fresque impressionnante et sombre des Etats-Unis des années 50/60, dans laquelle on peut lire en filigrane une analyse pas moins noire de celle de notre temps. A travers celui, fictif, de Martin Eden,  c’est aussi une fresque historique qui apparait, où le naufrage d’un homme préfigure celui d’un siècle. Quant au film de Costa Gavras, il nous délivre des coulisses de l’Union Européenne une peinture effarante. A tort ou à raison, l’ex présidente du Parlement grecque en a critiqué l’aspect hagiographique de Varoufakis. Il n’en reste pas moins que ce tableau est édifiant.

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>