Mardi 19 novembre

Ce week-end à Paris au Palais des Congrès, se tenaient donc les 49èmes Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne. Avec pour invités: Delphine Horvilleur, Catherine Millet, Paul B.Preciado, et  Pascal Quignard. J’ai partagé  avec mon amie Laura Sokolowsky, l’honneur de dialoguer avec ce dernier, qui avait choisi d’introduire son propos par la projection de sept représentations. Sept représentations du sexe féminin, allant de la grotte Chauvet à un des « effacements » de François de Coninck, qui illustrent son dernier « livre d’orgue »: Angoisse et beautéDans cette série, une image manquante, étrangement manquante: L’origine du monde, alors qu’on y trouvait  la peinture d’André Masson qui la dissimulait dans le dispositif d’un coffre à volet imaginé par son dernier propriétaire avant son entrée au Musée d’Orsay: Jacques Lacan.

De cette substitution de l’oeuvre de Courbet par celle de Masson dans la série, je déduisis que Quignard  nous restituait un chemin plus sûr vers elle, celui qui consiste à l’entrevoir plutôt qu’à la voir. C’est que ce tableau, d’abord masqué par un rideau par son premier propriétaire et commanditaire, le diplomate ottoman Kahlil-Bey, fût ensuite caché par Courbet lui-même derrière un autre tableau. Après quoi passa il entre les mains de plusieurs acquéreurs et on le crut longtemps perdu. Puis la rumeur se fit qu’il se trouvait chez Lacan, cependant que ne circulaient que de mauvaises photographies en noir et blanc d’une copie dûe au pinceau de René Magritte.

Aujourd’hui, L’origine du monde est, parait-il, la carte postale la plus vendue en France après…La Joconde ! Mais la conséquence de cette visibilité est qu’on ne la voit plus. Pas plus que La Joconde d’ailleurs. On ne s’en émeut plus. C’est pourquoi, loin de faire reproche à Quignard de son absence, j’entendais l’en louer. J’y  reconnaissais quelque chose du tentrisme de Lacan, celui que j’évoquais dans un précédent billet dans mon commentaire du poème de Michaux Entre centre et absence. Pour Quignard cependant, il était peu compréhensible que Lacan ait ainsi fait recouvrir L’Origine. Pourquoi diable avoir acheté ce tableau pour le soustraire au regard? Telle était en réalité la question qu’il avait souhaité nous poser.

Nous n’avons malheureusement pas disposé de plus d’une demie-heure pour cette conversation, tant le programme de ces Journées était serré. Mais nous nous sommes promis en nous quittant de la poursuivre.

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