Dimanche 3 novembre

Me vient tout-à-coup l’envie de parler de beaucoup de choses. Sans doute l’effet de  l’air de Venise, que j’ai eu le bonheur de respirer cette semaine. Le temps était maussade, mais, écoutez Vivaldi, le charme de Venise ne pâlit en nulle saison.

La Biennale pourtant était bien décevante. J’ai plaint les quelques bons artistes présents embarqués au sein de cette galère. Juste un coup de coeur pour Assembly, la splendide installation video du pavillon australien, oeuvre d’Angelica Mesiti construite autour d’une musique envoûtante du compositeur Max Lyandvert.

J’étais en compagnie de ma fille cadette, qui découvrait la Sérénissime pour la première fois et voulait absolument tout voir du Dorsaduro à Canareggio: l’Academia, Ca’Rezzonicco, Ca’ d’Oro, Scuela de San Rocco, Scuela de San Giorgio, la Salute, San  Marco, San Sebastian, i Frari, j’en passe. A San Rocco, autre enchantement musical imprévu: la soprano Sussana Crespo Held et l’organiste Silva Manfré répétant, pour nous seuls dans l’église vide, le concert de musique baroque annoncé pour le jour de notre départ.

Bref, pas de quoi se fâcher avec la chrétienté ! Dans l’avion du retour cependant, qu’est-ce que je lis? Soif d’Amélie Nothomb. J’ai adoré cette fable grinçante, où Jésus règle ses comptes avec son papa. Comme Amélie règle les siens avec sa sainte famille belge catholique apostolique romaine.

Dans ma boîte aux lettres, je trouve le volume de Ligeia, auquel j’ai contribué avec l’article sur Henri Michaux évoqué dans mon dernier billet. Il fait partie d’un dossier substantiel conçu par Claire Salles, George-Henri Melenotte et Yan Pélisier titré Le geste du pinceau (Jacques Lacan, François Rouan, Henri Michaux) . Etonnante revue que Ligeia, qui entre dans sa trente-troisième année d’existence -Alléluia !- , fondée et dirigée par un homme seul, une sorte de saint assurément, nommé Giovanni Lista.

Il me faut à présent me plonger dans l’oeuvre de Pascal Quignard, qui sera l’invité des 49èmes Journées de l’ECF à Paris les 16 et 17 novembre prochains. Avec mon excellente collègue Laura Sokolowski, j’aurai en effet la chance de dialoguer avec lui. Nous parlerons certainement d’ Angoisse et beauté, son dernier livre illustré par mon ami François de Coninck -ne pas confondre avec Willem De Kooning, sur qui Quignard a aussi écrit.  Peut-être pourrons-nous aussi évoquer l’ouvrage d’un autre ami: le Théorème de Michel Lorand, que Quignard a préfacé, et qui, heureuse coïncidence, vient de paraître à Bruxelles aux éditions Eléments de langage.

Ne déduisez pas de tout ceci que je mène désormais une vie d’esthète, à l’abri des misères du monde.  J’ai aussi à l’esprit des choses moins plaisantes, dont j’entendais parler, des choses qui me dégoûtent pour tout dire. Laurent de Sutter, qui sait mieux que personne capter et déchiffer les signifiants- maîtres du temps, a épinglé celui d’indignation. Et bien en ce moment,  je suis moins indigné que dégoûté, quand j’apprends que, dans le même temps où la chambre des représentants des Etâts-Unis, clame sa reconnaissance du génocide arménien, celui des Kurdes se dessine dans une cynique indifférence. Certes, comme l’a si bien dit le crétin en chef, « ils ne nous ont pas aidé en Normandie »! Un dessinateur de presse génial -qu’il me pardonne je ne retrouve ni son dessin ni son nom- a croqué un couple d’automobilistes disant la même chose en abandonnant leur  chien au bord de la route. Le supposé devoir de mémoire ne concerne bien entendu jamais le présent.

 

 

 

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