Mardi 27 août

L’exposition Roman-photo,montée l’an dernier au Mucem à Marseille, a été reprise cet été au Musée de la photographie de Charleroi (à Mont sur Marchienne). Absolument formidable, elle est encore visible jusqu’à fin septembre.

Genre méprisé, vilipendé en son temps tant par la presse catholique que par la presse communiste, le roman-photo, né en 1947 en Italie, est un formidable miroir de la société européenne des années 50-60. Michelangelo Antonioni ne s’y est pas trompé qui réalisa dès 1949 un court métrage documentaire consacré à ce phénomène, aussi massif que l’entrée de la télévision dans la vie quotidienne ou l’expansion de la voiture individuelle. Jean-Luc Godard non plus ne s’y trompa pas, qui vit d’un bon oeil son photographe de plateau Raymond Cauchetier adapter A bout de souffle sous la forme de roman-photo.

Personnellement j’ai adoré le roman-photo, je lisais Nous deux avec délectation. Contrairement à Roland Barthes, qui n’en a pas saisi, et c’est surprenant, la valeur mythologique, Jacques Lacan s’en émerveillait au cours de  son séminaire (8 avril 75) :  Je ne regarde jamais les bandes dessinées.  J’ai honte ! J’ai honte parce que c’est merveilleux, n’est-ce pas ? …c’est même pas des bandes dessinées, c’est des photomontages, enfin c’est sublime, c’est des photomontages – j’ai lu ça dans « Nous deux » – des photomontages avec paroles, et alors les pensées c’est quand il y a des bulles !
Lacan s’emmêle un peu, il ne distingue qu’imparfaitement la BD et le roman-photo, mais enfin il n’hésite pas à le dire : Nous deux, c’est sublime. Et puis il relève ceci : la pensée, c’est quand il y a des bulles. Là, c’est davantage le cas dans la BD que dans le roman-photo. Les paroles sont dans des bulles fléchées en direction du personnage qui les tient. Mais il y a aussi des bulles sans fléches,vers laquelle, comme des bulles de savon,  de plus petites montent de la tête du personnage: ce sont des pensées. Celles qui traversent le personnage. Rien à voir avec de soi-disant réflexions intérieures.  Des pensées , qui s’évaporent!

Ca me rappelle cette phrase du délicieux Marcel Havrenne: la pensée bul n’est pas souvent ce qu’on croit. Ce serait même, le cas échéant, tout le contraire .

 

 

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