Vendredi 14 juin

Ce jeudi soir, s’ouvrait au Musée Juif de Bruxelles une exposition, la première depuis les odieux attentats d’il y a trois ans. C’eut été une double faute que de ne pas s’y rendre. En effet, outre que saluer cette réouverture s’imposait, il s’agit d’une exposition Stéphane Mandelbaum, dans la suite de celle de Beaubourg.

J’ai déjà dit il y a quelques semaines combien celle-ci m’avait touché. Dans l’exposition qui s’ouvre, on retrouve la plupart des oeuvres présentées à Paris, mais aussi bon nombre d’autres. L’ensemble est impressionnant, il nous immerge dans un Inferno où les camps de la mort  voisinent  avec  les bordels, un monde de blasphème et de perdition. Les portraits sont des ceux d’artistes qui , comme Pasolini, ont « jeté leur corps dans la lutte »: Arthur Rimbaud, Francis Bacon, Pierre Goldman, mais aussi les abjectes figures de Goebbels ou d’Ernst Röhm, ou celles de proxénètes et de prostituées. Et puis il y a les autoportraits, à commencer par ce bouleversant Stéphane suspendu au crochet de boucherie, et au sexe sanguinolant. Tout cela jeté le plus souvent sur de grandes feuilles de papier bon marché, mêlés à un fourmillement de  gribouillages, de phrases éparses en français , allemand ou yiddish, d’insultes, de citations et de collages divers.

Au centre de cette danse macabre, on perçoit un rire grinçant et une hâte fébrile. Et qui comme moi a connu ce gentil garçon à la figure d’ange, sent derrière ce théâtre de la cruauté battre un coeur pur et l’affirmation désespérée de la vie jusque dans la mort -formule de l’érotisme selon Bataille.

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