Jeudi 21 mars

A trop réfléchir sur le sens et l’utilité de  ce blog, je m’en éloigne. C’est ce que j’en viens à me dire dans la suite de la sympathique  soirée de vendredi dernier à l’ACF-Belgique, où il en fut question. Sans doute est-ce aussi un effet de la conversion en livre de ses six premières années. Elle en a fait inévitablement à mes propres yeux une sorte d’objet étranger, menacé d’immobilité. Il me faut donc, si j’entends le poursuivre, retrouver la note d’ »association libre » à laquelle Alexandre Stevens disait avoir été sensible.

Ce style d’association libre est aussi très présent dans le livre de Gérard Wajcman consacré aux séries, et au cours de cette même soirée, on put immédiatement le pointer à la surprise de Gérard devant l’énoncé de deux thèses supposées de son livre. Ce n’est pas que cette remarque fut erronée, mais à coup sûr Gérard n’avait pas entrepris l’écriture de cet opus avec pour projet préétabli une démonstration. D’où l’allure de vagabondage de celui-ci, un vagabondage à travers lequel il cerne cependant avec précision son objet,  un objet « identique à ses détours », selon une formule de Lacan que je ressers souvent. Et me revient ce mot de Mallarmé à propos de ses Divagations: celles-ci, apparentes traitent un sujet, de pensée, unique – si je les revois en étranger, comme un cloître quoique brisé, exhalerait au promeneur, sa doctrine. 

Détour, vagabondage, divagation, promenade. Je note en outre que  ce recueil  de Mallarmé (Divagations) s’ouvre sur une première partie intitulée Anecdotes ou poèmes. Il me plait naturellement beaucoup de penser que l’anecdote appartient au genre poétique (pour tant est que la poésie soit un genre).  

La thèse, elle,  appartient au vocabulaire de l’université. Gérard Wajcman fit naguère une thèse, remarquable et qui constitua d’ailleurs son premier livre: Le maître et l’hystérique. Moi j’y renonçai. Sans doute déjà le signe de mon « humeur vagabonde » – titre d’un joli roman d’Antoine Blondin.

Où m’a mené cette pente vagabonde ces temps derniers? Eh bien, d’abord, je m’en fus  -en compagnie de G.W d’ailleurs- découvrir Bernard Van Orley, qui fait -enfin!- l’objet d’un grande exposition au Palais des Beaux-Arts. Ce peintre trop méconnu de la Renaissance bruxelloise est l’égal des plus grands.

Je m’en fus aussi au charmant Théâtre de la Vie voir une formidable pièce écrite et mise en scène par Noémie Carcaud: Take care ! : Une maison de campagne vétuste, et sept protagonistes qui doivent décider de son sort. Des liens resurgissent , des souvenirs refont surface. Le passé se mêle au présent pour dévoiler les failles, les fissures, les fantômes… On dirait du Tchekhov. C’est exactement cela: du Tchekhov grunge,drôle et profond,  grinçant et émouvant.

 

 

 

 

 

 

 

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