Vendredi 25 mai

 

Il y a 20 ans, Sémira Adamu, une jeune Nigériane, à qui le refuge en Belgique avait été refusé, trouvait la mort, dans un avion,  étouffée sous un oreiller par un policier  au cours d’un retour forcé. Quelques jours plus tard, 8000 personnes manifestaient  au cri de « Tobback assassin », et celui-ci, ministre de l’Intérieur à l’époque, était contraint à la démission, tant l’émotion prenait de l’ampleur. Vingt ans plus tard – est-ce la revanche dudit Tobback, qui  se cache pas son soutien à la politique (« ferme et humaine »!) du gouvernement Michel-Jambon-Francken-, certes le meurtre de la petite Mawda soulève l’écoeurement de beaucoup, mais pas question  que cette politique « ferme mais humaine » -ravissante formule qui sue la lâcheté- varie d’un pouce. Les responsables de la police ne pleurent pas  leur victime, mais sur celui des leurs qui lui a tiré dessus. Le premier ministre a certes suspendu l’ordre de quitter le territoire aux parents de la gamine, mais juste le temps de la procédure judiciaire en cours -merci pour cette mesure ô combien charitable- cependant que Mrs DeWever et Jambon rappelaient qu’on ne pourrait ignorer dans l’affaire la responsabilité (écrasante il va sans dire) des parents.

Tout est atroce et ignoble dans cette histoire:  cette camionnette bondée de migrants entassés comme des sardines  et conduite par un passeur qui n’hésite pas à jouer avec leur vie, le tir -aucun barrage de police n’était-il susceptible de forcer ce véhicule à s’arrêter sur une autoroute où il avait été repéré depuis plusieurs minutes ? -, les parents séparés de force de la dépouille  de leur enfant et enfermés dans une cellule, cependant qu’on laissait disparaître celui qui avait provoqué  le drame, soit le truand au volant de la camionnette – n’était-ce pas lui qu’il s’agissait d’arrêter ? – les défausses des enquêteurs -il s’agissait d’une « balle perdue » dont l’origine n’était pas sûre-, le cynisme et la morgue  de nos éminences fermes mais humaines, qui ne songent bien sûr pas un instant à la démission car ils font leur devoir, nous protègent contre l’envahisseur, et veillent à la sécurité routière.

Il se trouve, mais cela ne les troublera pas un instant, et le sieur Tobback de triste mémoire pas davantage, que la petite Mawda et ses parents sont kurdes et ont fui  une région de Syrie à feu et à sang et que les Kurdes sont ceux qui ont payé le prix le plus lourd dans la lutte contre Daesch, en remerciement de quoi on laisse aujourd’hui la Turquie les bombarder allégrement.

Mais enfin puisque l’hospitalité est à présent tenue pour un délit, que les gouvernants, humains mais fermes, montrent l’exemple est la moindre des choses.

 

 

 

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