Mercredi 14 mars

Le Bouquet of Tulips de Jeff Koons ne pourra donc être installé sur l’Esplanade entre le Musée d’Art Moderne et le Palais de Tokyo. Ainsi en a décidé Françoise Nyssen , ministre de la culture, au motif que le terrain appartient à l’Etat français et non à la Mairie de Paris. Un coup de pied à une adversaire politique, comment y résister? Et puis, à terrain français, culture française sans doute.  Arrière à l’impérialisme yankee! . La ministre recueillera les louanges de tous les adversaires du projet, considéré comme une menace pour le bon goût français, un « cadeau avilissant », un « geste imposteur et outrageant », « une proposition opportuniste voire cynique », un « sommet d’ingénierie financière », une « trumperie » esthétique puérile, l’ »emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif » et j’en passe, auquel il convient moralement de s’opposer.

En 2014, une violente polémique avait aussi éclaté autour d’une sculpture de Paul McCarthy installée place Vendôme: l’oeuvre (Tree) avait été vandalisée et Mc Carthy agressé physiquement. L’année suivante, The Dirty  Corner  d’Anish Kapoor subissait le même sort à Versailles. Dans les  deux cas, ce sont les connotations sexuelles des oeuvres qui créaient le scandale dans les milieux réactionnaires. Mais autour du Bouquet of Tulips, on voit s’enflammer le monde de l’art dans son ensemble, et très majoritairement contre. Pourquoi une telle levée de boucliers?   Ce  ne tient à première vue pas à son contenu: un banal bouquet de tulipes.   A moins que. Et si précisément cette banalité n’était pas du tout secondaire dans l’affaire?

Il importe de déchiffrer ce différend ,où  les critiques  esthétiques semblent secondaires  au regard des protestations vertueuses. A l’heure où le  jugement de goût en a pris un sacré coup, restait le kitsch – dont Koons est le représentant le plus emblématique, car le plus assumé-  comme dernier repoussoir. S’il est devenu moralement si impérieux de s’opposer à présent à l’installation de cette sculpture, n’est-ce pas parce qu’elle consacrerait définitivement la rupture de cette mise au ban artistique? Le Bouquet of Tulips finira peut-être dans un coin obscur de Vesoul ou de Brest, mais sa  banalité sonne le glas de ce qui s’autorisait encore d’un jugement de goût. 

 

2 réflexions au sujet de « Mercredi 14 mars »

Répondre à MOLLE Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>