Dimanche 11 mars

Je mets la dernière main à un article que m’a demandé Michèle Elbaz pour La Cause du désir à propos de Jeff Koons et de la polémique autour de son Bouquet of Tulips en hommage aux victimes des attentats de Paris de novembre 2015. La violence des réactions à ce projet est impressionnante. Je suspecte des raisons bien moins nobles que celles alléguées par les détracteurs d’un artiste qui n’est pas du tout le faiseur qu’on vilipende à bon compte. Sa sculpture est un cadeau avilissant, et l’accepter  déshonorerait la France, à en croire certains beaux esprits, surenchérissant dans l’indignation,  autoproclamés représentants de la « scène artistique française », gardiens vigilants du bon goût français menacé par l’impérialisme culturel yankee, l’alliance de la haute finance et la culture de masse, et la perte du plus élémentaire sens moral. Fichtre !

Les campagnes contre le harcèlement des femmes  sont certes justifiées, même si elles manquent parfois quelque peu de nuances. Elles ont  en tous cas au moins  eu un résultat réjouissant avec l’arrestation et le démasquage  de Tariq Ramadan, dont on apprend en outre ce matin dans quelles conditions il a obtenu un  doctorat de l’Université de Genève. Celle-ci n’en sort pas grandie.

Vient de paraître le second roman d’Hedwige Jeanmart: Les oiseaux sans tête. J’attendais ce livre avec avidité, tant m’avait plu Blanes, son premier livre, un Ovni littéraire jubilatoire qui lui avait valu le prix Rossel. C’est plus noir, mais je n’ai pas été déçu. On retrouve dans Les oiseaux sans tête le même art du récit et la même acuité.

J’ai découvert hier un lieu théâtral que je ne connaissais pas: le Boson, petite salle très agréable (361, chaussée de Boendael)  où se joue une adaptation de la correspondance de Paul Léautaud avec sa mère. Abandonné par celle-ci à l’âge de 8 jours, Léautaud la retrouve vingt huit  ans plus tard. L’exaltation où le plonge d’abord cette rencontre fait place très vite à une terrible et amère  désillusion. Sa mère, qui a refait sa vie et a eu d’autres enfants, ne voit bientôt plus en lui qu’une menace. Ses lettres d’amour lui font horreur. Ses réponses sont terrifiantes. Florence Hebbelinck et Nicolas Poels incarnent ce duo infernal avec une justesse extrême. A voir absolument.

Je livre tout ceci pêle  mêle, avant de filer à Namur pour le finissage de l’exposition Reading Hands Writing Bodies, conçue aux Abattoirs de Bomel par mon ami Philippe Hunt.

 

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