Samedi 9 septembre

 

Quelques belles expositions sont à découvrir en cette rentrée dans les galeries bruxelloises, notamment , dans un rayon de quelques  dizaines de mètres,  Anselm Reyle  chez Almime Rech, Tracey Emin chez Hufkens et  Thu Van Tran chez Meesen Declercq. Mais c’est vers Namur que, pour l’heure, se dirige surtout mon regard , où Benoit Felix et Bernard Gilbert mettent la dernière main à une exposition qui s’ouvrira le 20 septembre prochain, et pour laquelle j’ai écrit ces quelques mots de présentation:

Quatuor

+

 

Benoit Felix + Bernard Gilbert = un quatuor. One + One + s’exponentie. Et à ma grande joie, voilà donc une suite -la première d’une série- à l’expérience inaugurée en février 2017 aux Abattoirs de Bomel par Marcel Berlanger et Evariste Richer.

Intrigante rencontre. En apparence, rien de plus éloignés en effet que les perspectives de Bernard Gilbert et de Benoit Felix. Couleur et lumière sont les objets électifs du travail du premier nommé; espace et topologie ceux du second. Mais pour l’un et l’autre,  ce sont des paradoxes de la perception et  de ses effets subjectifs sur le regardeur dont il retourne.

On connait la distinction due à Leonard de Vinci entre peinture et sculpture. La peinture procède par via di porre, la sculpture par via di levare (soit par addition ou par soustraction). Nous la retrouvons à son comble ici: quand dans ses installations ou ses videos, Benoit, tel un funambule,   troue  ou évide l’espace, jusqu’à le faire s’évanouir ou se résorber dans des bords, Bernard sature au contraire ses toiles de couleurs qui se composent d’une manière que je qualifierai presque de baroque, en me souvenant de ce mot de Delacroix à propos de Rubens: une assemblée où tout le monde parle à la fois!

Qu’on m’entende bien: l’un ne fait pas surgir le silence là où l’autre opacifierait notre vision. Il y a de la sobriété dans l’oeuvre de Bernard et de l’excès dans celle de Benoit.

Leur confrontation est un choc, dont cependant surgit une harmonie inattendue, sensible dès la découverte de l’affiche de l’exposition, et idoine au signifiant musical sous lequel ils ont placé leur rencontre. Vivace, lento, vivace, scherzo. Elle culmine, cette harmonie, dans la pièce d’eau recouverte de vagues délicates  par Felix et les sublimes  halos des néons peints par Bernard à fresque dans l’escalier.

Ils ont conçu cette exposition comme un grand jeu. Avec des mots d’abord, qu’ils se sont renvoyés comme des avions de papiers, des balles d’un  ping pong  dont les règles étaient à inventer. Un mixte de judo, de course relais et de sauts, où le vertige se mêle à la jubilation.

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