Dimanche 23 juillet

Quelques lectures (ou relectures) de l’été:

Une paix royale de Pierre Mertens, dont j’ai eu l’honneur d’apporter le salut aux congressistes de « Pipol 8″ au début de ce mois et de lire son très  beau texte écrit pour la circonstance.  Du coup, j’ai eu envie de me replonger dans Une paix royale, un livre d’une ironie grinçante où se mêle l’histoire de la dynastie d’opérette du Royaume de Belgique, et celle de l’auteur, amateur de la petite reine, comme il se dit du cyclisme…en mémoire de la Reine Wilhelmine des Pays-Bas!. Pierre Mertens  sera , je l’espère, parfaitement rétabli à la rentrée où nous avons rendez-vous.

Autre relecture drôlatique, reprise dans la perspective des prochaines Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne sur le thème Apprendre, désir ou dressage? : l’extraordinaire Ferdydurke de Witold Gombrowicz, histoire d’un homme d’âge mûr,  qui voit ressurgir  à sa porte le plus épouvantable de ses maîtres de jadis, qui le ramène sur les bancs, reprenant son entreprise sadique et forcenée de cuculisation.

Deux autres livres, à lire dans le même mouvement: L’âge de l’anesthésie de Laurent de Sutter  (éd. Les Liens qui libèrent) et L’extase totale (le 3ème Reich et la drogue) de Norman Ohler (éd. La découverte). Le premier met en perspective toutes les conséquences  de la commercialisation des vertus anesthésiantes de l’éther dès 1848, suivies par celles  de la cocaïne quatre décennies plus tard. Il voit là se dessiner une gigantesque entreprise de mise sous tutelle  des affects, et en premier de toute excitation, qui trouve avec l’isolation par Kraepelin en 1899 de la psychose maniaco-dépressive sa justification psycho-médicale décisive.

Cette régulation des affects trouve dans le 3ème Reich une concrétisation paradoxale. En effet, comme le démontre  Norman Ohler dans L’extase totale , le recours massif à la pervitine – une puissante métemphétamine- se généralisa sous le nazisme  dans toute la population allemande, et dans l’armée de façon hallucinante. Hitler lui-même en fut un consommateur frénétique.

S’agissant de la cocaïne, on sait qu’elle fut l’objet de recherches neurologiques de  Sigmund Freud, qui lui consacra un opuscule, avant de s’en désintéresser au  profit de l’interprétation des rêves, au grand profit financier de son collègue K¨öller.  Dans les périodes de vaches maigres, il lui arriva de s’en repentir! Mais la voie du réveil l’intéressait assurément plus que celle de l’anesthésie, ce dont Laurent fait  quand même assez peu crédit à Freud.

Rayon psychanalyse, je recommande chaudement L’interprétation à l’oeuvre (Lire Ponge avec Lacan), de mon collègue et ami Pierre Malengreau, publié à La Lettre Volée. A travers sa lecture minutieuse de Ponge, Malengreau déploie toutes les vertus de la résonance, terme de Ponge dont Lacan fit le plus grand cas au service d’un usage motérioliste de l’interprétation.

Autre publication d’un ami fort talentueux: Le dernier jour par Jean-Luc Outers (éd.Gallimard, coll.l’infini). Dans la tradition des « tombeaux » dédiés à des personnages illustres, Jean-Luc nous fait en vérité éprouver  à travers leurs derniers moments ce qu’il y a avait de plus singulier et de plus touchant dans le rapport à la vie d’Henri Michaux, Dominique Rolin, Hugo Claus, Simon Leys ou Chantal Ackerman.

J’ai lu aussi Patricia de Geneviève Damas, publié chez Gallimard également. Il s’agit d’un roman écrit par quelqu’un qui vient du théâtre, et cela se sent, tant dans le phrasé que dans la construction même du livre sous la forme de trois monologues. Tour à tour, un homme d’origine centre-africaine, qui a laissé là sa femme et ses enfants , la femme européenne qui, ignorant tout de son passé,s’éprend de lui, et enfin une fille de cet homme, unique survivante d’un tragique naufrage en Méditérranée, nous disent leur irréductible et impartageable exil intérieur.

Je commence à présent Rosa, premier roman signé Marcel Sel (éd. Onlit), à qui l’on doit  une édifiante biographie de Bart De Wever, que tout citoyen belge se devrait de lire.

 

 

 

 

 

 

 

 

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