Dimanche 14 mai

 Scenes from an execution d’Howard Barker se joue en ce moment  à Bruxelles au Théâtre de poche, dans une traduction de Jean-Michel Déprats, dont on connait les traductions de Shakespeare – il est responsable de son édition dans « La Pléiade ». A l’invitation de mon amie Chantale Anciaux, j’aurai le plaisir de dialoguer avec celui-ci à l’issue de la représentation prévue le jeudi 18 prochain. Participeront aussi à cette rencontre mon ami le peintre Marcel Berlanger, et ma fille aînée, Carolina Serra, qui est la collègue de Chantale et de Marcel à l’ERG.

Cette pièce, créée en 1990, a fait l’objet d’une première version radiophonique à la BBC en 1984, avec Glenda Jackson dans le rôle principal, qu’elle tiendra aussi ensuite à la scène. En 1984, soit deux ans après la guerre que se livrèrent l’Angleterre et l’Argentine pour les îles Malouines, au cours de laquelle des navires des deux camps furent coulés, notamment le Belgrano avec près de 400 soldats argentins  à son bord.

C’est évidemment l’horizon contemporain de la pièce d’Howard Barker. Celle-ci nous transporte quatre siècles plus tôt à Venise au lendemain de la grande bataille navale de Lépante, en l’année 1571,  qui vit la déroute de la flotte ottomane. La victoire de la République Sérénissime et de ses alliés fut immortalisée par Tintoret et Véronèse. Howard Barker imagine, lui, une autre commande du Doge de Venise à une femme peintre, Galactia, qui, plutôt que célébrer la gloire  des vainqueurs, choisit, à la grande irritation du Doge, de rendre sensible en un vaste tableau tumultueux et bruyant, le réel de cet affrontement: plus de 30000 morts, soit autant de corps massacrés, mutilés, démembrés, sanglants.

Pièce et tableau sont donc les deux formes d’un même acte de critique du pouvoir, deux manières de faire de l’histoire du côté des vaincus, des victimes, des oubliés de l’histoire selon le voeu de Walter Benjamin. Ce sera pour moi une nouvelle occasion de faire résonner ce dit de Lacan selon lequel toute action représentée dans un tableau nous apparaitra toujours comme une scène de bataille. Visitant il y a peu à Beaubourg la splendide rétrospective Cy Twombly, je n’avais déjà cessé de la méditer.

 

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